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Frédéric
MONIER format 15,5x24 cm, 416 pages,
ISBN 2-910828-40-0, 29 euros |
Les pratiques de recommandation
et d'influence ont été tolérées et dénoncées tout au long de la IIIe
République. Incompatibles avec le projet républicain d'égalité des chances, les
services d'intérêt privé rendus par des élus à des Français ordinaires ont
alimenté une légende noire. La République des camarades ou des comités, la
République radicale aurait favorisé le clientélisme, la corruption et le
passe-droit.
Ce livre invite à renverser les
perspectives et à aller plus loin que ces discours polémiques, du côté des
élus, des fonctionnaires chargés de la gestion officieuse des plaintes, et
surtout de la masse des solliciteurs, restée dans l'ombre. Qui demande quoi à
son député, et pour quelles raisons ? Comment un élu intervient-il en
faveur d'un tiers ? Quels soutiens politiques engagent les services
espérés ?
À partir de correspondances de
parlementaires radicaux, croisées avec des sources multiples, ce livre montre
comment les demandes sociales personnelles et les liens politiques se sont
imbriqués, dans un département provençal - le Vaucluse - dominé, de 1924 à
1940, par la figure d'Édouard Daladier, homme politique de premier plan.
Évoluant au rythme de la France radicale, les pratiques clientélistes se sont
peu à peu démocratisées, avant de subir le contrecoup de la crise des années
1930. En dépit de la popularité nationale d'Edouard Daladier, un fossé s'est
creusé entre ces attentes sociales, les expressions politiques et les choix du
gouvernant. L'entrée dans la deuxième guerre mondiale a donné le coup de grâce
à ces systèmes de pouvoir, avant le sabordage du régime.
L'analyse localisée, appuyée sur
des comparaisons avec des pays voisins - Espagne, Italie - explore la faillite
des clientélismes libéraux, dans l'Europe méditerranéenne du premier XXe
siècle. En France, cette faillite, plus tardive, est liée aux effets différés
de la Grande Guerre, ainsi qu'à la conversion difficile de l'État, de
l'assistance aux plus fragiles à l'assurance des ayants droit.
Faisant du « piston »
ordinaire un objet d'histoire, ce livre donne un coup de sonde dans l'épaisseur
sociale de la représentation politique, en démocratie.
Les demandes, plaintes et doléances privées adressées par des Français à leurs élus, ou leurs gouvernants, sont, pour l'époque contemporaine, en particulier depuis les années 1880, un phénomène laissé dans l'ombre, ou mal connu. Pourtant ce phénomène constitue un poste d'observation privilégié, pour scruter les rapports complexes que certains Français peuvent entretenir avec le pouvoir politique. Leurs attentes et leurs demandes, comme leurs espoirs et leurs déceptions, y forment la trame de relations personnelles et intéressées entre représentés et représentants. Cette relative méconnaissance contraste avec l'attention que les historiens de la société d'ancien régime portent, depuis de nombreuses années, à ces liens de pouvoir, en prenant pour objet « la relation personnelle et bilatérale, inégale et par définition informelle, qui s'établit entre un protecteur et son protégé ». La fertilité de ce champ de recherche est liée, pour la France des XVIe et XVIIe siècles, à l'importance centrale accordée au patronage aristocratique comme mode de gestion de l'État absolutiste. Comme le note Daniel Roche, « l'envers du Grand Siècle, c'est aussi le succès du système clientélaire ».
Ce contraste scientifique entre l'historiographie de la société d'ordres et l'historiographie de la France républicaine s'explique, pour une part déterminante, par l'épuisement du patronage nobiliaire dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cet épuisement a pour corollaire un déclin politique de l'aristocratie lié, plus largement, à une fin des notables ou, si l'on préfère, à une mutation des modes de notabilité dans la société française du début de la troisième République, entre les années 1870 et la veille de la Grande Guerre. Les travaux réalisés sur la noblesse du XIXe siècle, notamment sur la noblesse impériale créée à l'initiative de Napoléon 1er, ont montré que l'exercice du patronage, combinant « pratique de la bienfaisance » et « prestige par l'encadrement politique », reste étroitement associé à une condition noble. Le maintien d'une domination sociale héritée passe par des voies renouvelées, via notamment l'obtention de mandats politiques au long du XIXe siècle.
C'est ce renouvellement des modes de patronage par la détention nobiliaire du pouvoir politique que la troisième République, par-delà la divine surprise des élections générales de février 1871, remet fondamentalement en cause. Sans doute, certains aristocrates parviennent-ils, à l'instar du baron de Mackau, à s'adapter aux nouvelles conditions d'un jeu politique concurrentiel, et en voie de professionnalisation. Mais cet effort d'adaptation, qui transforme du même coup le sens de leur notabilité sociale et politique, reste exceptionnel. La part de l'aristocratie au sein du personnel parlementaire décline irrémédiablement, et avec elle, on constate la raréfaction d'un mode de patronage fait de dépendance et de déférence. Après Nicolas Roussellier, « risquons une évaluation : seuls une vingtaine de députés, au maximum une trentaine, étaient encore, à la veille de la guerre, les représentants du monde ancien. »
Ces systèmes hiérarchiques, dominés par des nobles ou par des membres des élites imprégnés par un modèle aristocratique ancien de bienfaisance, se sont éteints progressivement. Que cette extinction ait été voulue et réalisée par les républicains, voilà qui ne fait aucun doute. Il existe une antinomie entre démocratie républicaine et relations intéressées entre électeurs et représentants : elle est affirmée avec éclat sous la seconde République. Le 6 juillet 1849, vient en discussion à l'assemblée nationale l'article 130 du projet de règlement. Celui-ci proscrit, pour les élus, « toutes apostilles, recommandations ou sollicitations concernant des intérêts privés. » Ainsi que le remarque Lamartine, les débats parlementaires sont animés. Certains élus, sensibles aux plaintes individuelles qui leur parviennent, ne souhaitent finalement pas se défaire de cette possibilité d'agir, auprès de ministres ou de fonctionnaires, en faveur de leurs électeurs.
Cet article, adopté, laisse entendre qu'il ne semble pas possible, en République, d'empêcher les habitants de se plaindre à leur représentant. En revanche, il paraît nécessaire d'empêcher ces élus de jouer un rôle de médiateur ou de syndic d'intérêts privés ou particuliers. Cette démocratie représentative en gestation organise l'extension progressive du droit de pétition, et la prohibition de la pratique de l'apostille. La pétition d'intérêt privé est, en réaction à des usages collectifs et politiques, assimilée par les conservateurs du milieu du XIXe siècle à un « droit de supplique », ou « droit de représentation ». Cet usage se maintient au début de la IIIe République, de façon dépersonnalisée. La pétition, adressée au président de la Chambre des députés dès les années 1870, peut faire l'objet d'une publication. L'apostille quant à elle est prohibée, car elle s'inscrit dans des relations personnelles et privées : recevant une lettre de doléance d'un citoyen, un député y ajoute une recommandation en sa faveur en transmettant sa requête à un fonctionnaire ou à un ministre.
Cette prohibition légale se justifie par la volonté de proscrire un système de faveurs et de dépendance, considéré par les républicains comme un héritage de la société d'ancien régime. On retrouve un idéal social venu de la Révolution, souvent formulé : « tout ce qui peut établir une dépendance d'homme à homme doit être proscrit dans une République ». Une entreprise nettement républicaine comme Le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle dirigé par Pierre Larousse condamne, en 1866, les « faveurs, grâces, apostilles, autant de legs des mours monarchiques, que l'esprit d'égalité et la publicité moderne auront de la peine à détruire. » Pourtant, cette condamnation politique et morale ne va pas dans le sens d'une répression déterminée de cette pratique. Rappelant l'épisode de 1849, l'auteur de l'article commente : « l'intention était excellente ; mais ce décret ne pouvait avoir de sanction. Ce sont les mours de la liberté et non des décrets qui supprimeront les apostilles ». Ce scepticisme républicain vis-à-vis des décrets contribue à expliquer que les lois constitutionnelles de 1875 restent muettes sur les apostilles parlementaires. Elles stigmatisent, chez les élus, l'usage d'autres « moyens d'influence illicite et coupable », définis comme corruption. La condamnation morale, héritée du premier XIXe siècle, paraît aller de pair avec un mutisme légal. Le Traité de droit parlementaire d'Eugène Pierre et Jules Poudra, qui remplit la fonction de codex fondateur pour les parlementaires de la troisième République, ne comporte aucun renvoi clair à la pratique de l'apostille, ou de la recommandation.
Ce qui domine pourtant, tout au long de la troisième République, ce sont les condamnations et les polémiques autour d'un système de faveurs et d'influence qui se serait maintenu. Ce système serait passé des mains des notables anciens à celles d'une nouvelle élite, les parlementaires, voire l'ensemble du personnel politique. Cela est un motif de scandale « pour une culture notabiliaire qui a toujours associé, dans l'encadrement naturel des masses, pouvoir et fortune ». Les dénonciations des pratiques républicaines de clientèles sont, à droite, récurrentes. Elles fixent un stéréotype du député républicain qui se focalise sur « trois tares majeures : la grossièreté du provincial, l'inaptitude du déclassé et la corruption du vénal ». Il faut pourtant prendre un peu de distance à l'égard de cette littérature convenue, où la caricature du député valet de ses électeurs conforte les préjugés anti-démocratiques. Avec une vue moins cavalière, trois moments de plus forte intensité des polémiques peuvent être distingués rétrospectivement. Le premier de ces moments renvoie à la naissance de la « République radicale » à l'orée du vingtième siècle et a pour acteur principal le président du Conseil Émile Combes, en 1902.
À peine installé au ministère de l'Intérieur, le 20 juin, Combes adresse aux préfets une circulaire restée célèbre. Pour la première fois, elle laisse officiellement apparaître ces pratiques politiques en théorie incompatibles avec le régime. « Si, dans votre administration, vous devez la justice à tous, sans distinction d'opinion ou de parti, votre devoir vous commande de réserver les faveurs dont vous disposerez seulement à ceux de vos administrés qui ont donné des preuves non équivoques de fidélité aux institutions républicaines. » La déclaration publique, faisant état d'une norme inégalitaire dans les pratiques de faveurs, en fonction d'affinités politiques, est une innovation absolue. De nombreux contemporains le remarquent et, parmi eux, l'historien - républicain - Charles Seignobos. Celui-ci met en avant l'innovation vingt ans après, en rédigeant le dernier volume de L'histoire de France contemporaine : « c'était la première fois qu'un gouvernement républicain appelait 'faveurs' les décisions de l'administration et promettait publiquement de les réserver à un parti. »
Cet épisode d'aspect anecdotique joue le rôle d'un moment fondateur. Il détermine pendant longtemps la perception des phénomènes de clientélisme politique dans la France républicaine, pour deux raisons d'importance inégale. La première est que, à partir du début du vingtième siècle, cette reconnaissance publique de pratiques de faveurs est associée au parti dont Émile Combes est le représentant. Il s'agit du parti républicain radical et radical-socialiste formé l'année précédente, en 1901, après l'adoption de la loi sur les associations. Symboliquement, cette association polémique entre République radicale et représentation des intérêts privés signifie aussi que l'influence a bien changé de mains, des anciens notables à des nouveaux venus, qui ne sont pas tous, pour autant, issus de milieux modestes. Plus en profondeur, ces faveurs radicales ne sont plus accordées sur les ressources propres des élus, mais sur des ressources publiques, attribuées par l'administration.
Un deuxième phénomène donne une importance fondatrice à cet épisode. Il permet à certains thèmes politiques de se frayer un chemin sur le devant de la scène. Ces pratiques de faveurs personnalisées seraient l'indice d'un mauvais fonctionnement d'un régime républicain perfectible. La dénonciation du clientélisme fait le lit des réformateurs, qui ne sont pas tous - à ce moment-là du moins - inspirés par l'antiparlementarisme. Parmi ces critiques, le plus connu est Charles Benoist, titulaire de la chaire d'histoire constitutionnelle de l'Europe à l'école libre des sciences politiques de 1895 à 1919. À partir de 1893, Benoist publie des ouvrages où le plan d'aménagement et de rénovation du régime se nourrit d'une critique des usages intéressés du suffrage universel. Son livre publié en 1902, sous le titre La réforme parlementaire, fait jouer des argumentaires critiques que la circulaire de Combes a mis sous les feux de l'actualité. La dénonciation des pratiques de faveurs personnalisées des élus aux électeurs nourrit, chez Benoist, une vision du suffrage universel habitée par un pessimisme conservateur et élitiste.
« Anarchique de nature, le suffrage universel inorganique appelle, presque nécessairement, la corruption et la fraude, bientôt suivies du dégoût et de l'indifférence, eux-mêmes engendrant l'abandon de l'intérêt public au profit des syndicats d'intérêts privés, l'exploitation du pays par des coteries, l'abaissement graduel de la politique par l'abaissement de la valeur du personnel politique, et, par l'abaissement de la politique, l'abaissement final de la nation parmi les nations. »
Le lien est fait entre dénonciation d'un clientélisme républicain, ou radical, et réformes institutionnelles visant à une moralisation du suffrage. Les débats autour de ces réformes s'inscrivent dans le deuxième moment de plus grande intensité des polémiques, à la veille de la Grande Guerre. Les argumentaires dénonçant les pratiques de passe-droit et de faveurs sont destinés à promouvoir deux projets. Ceux-ci sont censés distendre ou rompre les liens personnels entre électeurs et parlementaires. Le premier est le projet de loi sur le secret et la liberté du vote, créant les isoloirs. Le second est le changement de mode de scrutin, avec le remplacement du scrutin uninominal, dit d'arrondissement, par le scrutin de liste à la proportionnelle. Sans revenir sur ces deux questions, connues, on peut insister sur leur rôle dans la diffusion d'un débat public qui atteint son apogée entre 1909 et 1914.
Le scrutin à la proportionnelle, dont Aristide Briand, « prince de l'équivoque », se fait un temps le promoteur, vise à « faire passer, à travers toutes les petites mares stagnantes [...] un large courant purificateur ». La formule employée par Briand dans son discours de Périgueux en octobre 1909 est restée célèbre. Dénonçant ces circonscriptions dont les députés ne sont que des commissionnaires de leurs mandants, Briand ambitionne aussi « de secouer la tutelle radicale, d'ouvrir le jeu et d'assainir la vie publique ». Le monde intellectuel, très actif dans ces débats sur les réformes du système politique, a largement pris position sur la question des « faveurs publiques ». Seule une petite minorité a alors défendu, avec le scrutin d'arrondissement, le contact nécessaire entre les électeurs et leur représentant. Dans un propos d'avril 1913 destiné aux futurs députés radicaux, le philosophe Alain (Émile Chartier) leur enjoint de se défier du « beau monde » et de « l'élite » faute de s'exposer à trahir la défense « des pauvres et des artisans » : « ces politesses seront comptées pour rien si tu n'y mêles pas quelques marques assez claires de ton mépris pour l'électeur ignorant, et pour la petite mare dont les grenouilles t'ont pris pour roi. » Les prises de position sont souvent différentes. En 1913 et en 1914 deux publications, connues, le montrent. L'une et l'autre contribuent à fixer une représentation collective durable de ce que l'on pourrait nommer les pratiques d'influence dans la France républicaine.
La première, le Tableau politique de la France de l'Ouest sous la troisième République dû à André Siegfried, est axée sur le maintien, dans certaines régions de l'Ouest, de systèmes d'influence de type ancien. Les protagonistes en sont des notables, aristocrates et membres du clergé en tête. Les pratiques proprement républicaines de l'influence, où les faveurs, gagées sur des ressources publiques, sont attribuées par des parlementaires agissant sur l'administration, préfectorale en particulier, n'apparaissent que de façon épisodique, pour des régions plus dépendantes des investissements de l'État. André Siegfried ne s'appesantit pas sur les mécanismes propres à ces pratiques de l'influence. Elles sont souvent signalées à l'attention d'une sorte de lecteur averti, ou connaisseur. « Ai-je besoin de dire que le député ministériel qui se fait, auprès de l'administration, l'intermédiaire, le commissionnaire ou l'avocat de tout ce monde doit nécessairement retirer de ses interventions une remarquable influence ? » Là où André Siegfried reste d'une discrétion de bon ton, Robert de Jouvenel, l'année suivante, se livre dans La République des camarades à un portrait cruel, et resté célèbre, d'un régime « pauvre, où il y a peu de grands scandales et beaucoup de petits, peu de malversations et beaucoup de complaisances. » Pointant les « trois besognes principales » des députés : « courir, promettre, écrire », Robert de Jouvenel n'épargne pas entièrement les lecteurs et électeurs. Ceux-ci, égratignés au passage, ne sont pas la cible principale de ses formules aussi acides que définitives. « L'électeur qui demande un service ne tient même pas toujours à ce qu'on le lui rende. Il tient : 1°) à montrer son importance ; 2°) à recevoir des lettres. »
Ce deuxième moment de plus grande intensité dans les débats récurrents autour des liens de pouvoir personnels et intéressés en République est important pour deux raisons. La première est qu'il fixe l'idée d'un travers consubstantiel au suffrage universel dans un régime parlementaire. D'après nombre de contemporains, il y aurait un accommodement progressif et inéluctable des pratiques politiques aux demandes sociales - qui feraient de l'électeur épistolier un des ressorts sociaux et politiques du régime en 1914. La deuxième raison est que, après le recours à la prohibition légale, après les espoirs placés en un progrès des mours démocratiques et de la publicité, ces années 1909-1914 semblent accréditer l'idée que des réformes du scrutin peuvent ouvrir la voie à une disparition des relations de clientèle. Cette volonté réformatrice court d'ailleurs de part et d'autre de la Grande Guerre. L'on ne comprendrait pas les changements de mode de scrutin opérés en 1919 et 1924, avec l'adoption de scrutins de liste ou l'uniformisation des bulletins, si l'on n'admettait pas que ces débats ont pu continuer sur leur lancée au lendemain du premier conflit mondial.
Pour autant, ces espoirs réformateurs semblent vains, avec l'entrée dans la crise multiforme des années 1930, en particulier après le choc provoqué par les émeutes du 6 février 1934. C'est là que se situe le troisième moment dans les polémiques autour du régime et de ses travers clientélistes. Ceux-ci sont associés à nouveau à la République radicale, sur fond de remontée de l'antiparlementarisme et de dénonciations de scandales. On peut, une fois de plus, mettre en avant deux auteurs, chez qui la critique des liens personnels de pouvoir sert de préalable aux projets de réforme du régime. Il est aussi vrai que certains, tel Charles Benoist, ont poursuivi leur ouvre politique pendant les années 1920. Pourtant, le cour des débats s'est déplacé, en direction d'André Tardieu et de Daniel Halévy.
La République des comités, publiée en 1934 par Daniel Halévy, fait écho, vingt ans après, à l'essai de Robert de Jouvenel. Elle est aussi une réponse, plus directe, à La République des professeurs qu'Albert Thibaudet a fait paraître en 1927. Effets de titres mis à part, les trois ouvrages ne se ressemblent guère. Chez Thibaudet, l'analyse de la faillite du radicalisme après l'expérience de Cartel des gauches en 1924-1925 est nuancée. La tradition du radicalisme est celle de « l'Idéaliste de province ». Cour de la République parlementaire, le parti radical souffre d'abriter des préoccupations plus intéressées et plus matérielles qui, selon Thibaudet, ne l'emportent pas sur les idées. « Dans la majorité des cas, on élit au Sénat et à la Chambre un représentant de ses idées, non un commissionnaire ». La charge antiradicale est beaucoup plus nette, ou violente, chez Halévy. Cette violence est portée par une indignation venue du scandale Stavisky - « la plus riche ordure du Parti » - et des émeutes du 6 février 1934.
L'opuscule d'Halévy est un pamphlet, contre le « mal dont souffre le pays », c'est-à-dire « la désagrégation de l'État et son pillage. Or, l'agent de cette désagrégation et le bénéficiaire de ce pillage, c'est, pour une grande part, le Parti radical ». La République des comités est l'incarnation politique de la France radicale - cette « France défigurée qui est celle des radicaux, l'anti-France ». République méconnaissable, « distributrice d'emplois publics » qui sont « sa principale richesse », elle épouse « la trame serrée des menus intérêts », qui constitue « la doctrine secrète des comités ». Le politicien radical est « un parasite du peuple, parasite de l'État, parasite né ». La République des comités marque, non pas l'origine, mais bien un tournant dans une trajectoire qui rapproche Daniel Halévy du maurrassisme, dans une sorte de dérive conservatrice. C'est bien de « dérive réactionnaire » qu'il est question pour le biographe d'André Tardieu. Tardieu est le deuxième auteur le plus en vue, dans ces débats sur les travers clientélistes du régime parlementaire au milieu des années 1930. Pour lui aussi, la dénonciation de « la profession parlementaire » est inextricablement liée à une perception de la représentation politique comme source de faveurs intéressées assimilées à de la corruption. « La France vit dans le mensonge. [...] Mensonge, quand on lui parle de liberté et d'égalité : car la France vit sous le régime de l'arbitraire, de la faveur et de la recommandation. »
Ces débats récurrents, des années 1900 aux années 1930, ont largement contribué à bâtir une légende noire de la troisième République. Sa trame associe la représentation parlementaire au clientélisme. Le cour de l'intrigue est l'assimilation du radicalisme à un parasite conduisant le pays à la décadence. Quant à la morale de cette fable sombre, elle conduit à une remise en cause du suffrage universel lui-même. Si cette légende tenace constitue une sorte d'écran entre les historiens et les pratiques collectives réelles des contemporains, c'est parce que ces représentations reposent sur deux postulats qui doivent être soumis à critique.
Le premier de ces postulats est l'assimilation du clientélisme politique à la démocratie représentative, comme si le premier constituait l'ombre de la seconde, ou son revers. De ce point de vue, le cas d'un pays voisin, l'Italie, est assez parlant. Là aussi, la dénonciation des mours parlementaires, des députés « agents d'affaires [...] des divers chefs-lieux de province », est récurrente avant la Grande Guerre. Cet argumentaire courant nourrit l'antiparlementarisme fasciste. Dans la vision officielle qu'en donnent les partisans de Mussolini, le premier mérite du nouveau régime est, dès sa création, de mettre fin à ces pratiques, stigmatisées comme des vestiges de l'Italie giolittienne et libérale. En septembre 1923, Rocca fait l'éloge de Mussolini au nom du « refus obstiné, intelligent et honnête de satisfaire les requêtes d'emploi et de faveur de la part de trop nombreux quémandeurs en habit fasciste. » L'analyse des pratiques de pouvoir dans l'Italie fasciste montre pourtant le maintien de liens de pouvoir personnalisés et intéressés. Ceux-ci forment le soubassement des clientèles de dignitaires et potentats fascistes, comme celle du ras de Crémone, Roberto Farinacci. Dans son « réseau d'amitiés politiques et de relations de clientèle », se sont côtoyés, presque indifféremment, « aspirants universitaires et chefs de gare [qui] implorent son soutien pour leurs carrières. » Au-delà du cas italien, clientélisme politique et dictature ne sont pas incompatibles, dans l'Europe occidentale du premier XXe siècle. Il est préférable de ne pas l'oublier, au vu des critiques françaises portées contre la corruption attachée à la démocratie représentative.
Ces représentations collectives du clientélisme républicain, dans la société française du premier tiers du vingtième siècle, reposent sur un deuxième postulat discutable. Il s'agit de l'idée selon laquelle les plaintes privées adressées par des citoyens à des gouvernants permettraient à ces derniers d'asseoir une influence électorale et politique. En d'autres termes, les particuliers qui auraient recours aux services de leurs gouvernants seraient foncièrement attachés, par intérêt et par conviction, à un système capable de répondre à leurs attentes ou à leurs demandes sociales. Dans cette vision naïve, les échanges de services et de votes seraient le ciment d'une démocratie où les liens de proximité se convertiraient en soutiens de la république.
Là encore, le cas d'un autre pays voisin, ici l'Allemagne, mérite d'être rapidement évoqué. Dans une étude sur l'Allemagne après la Grande Guerre, Richard Bessel cite longuement une plainte d'un ancien combattant allemand, adressée en 1931 au ministre prussien des Pensions. Cette requête privée est remarquable, car elle égrène toute une série de doléances amères contre un gouvernement accusé d'avoir fait main basse sur les droits des victimes de guerre, en remettant en cause leurs prises en charge financières. « Je ne peux », ajoute l'auteur de cette lettre, « plus supporter de réponse négative à ma requête actuelle. La conséquence en serait la réorientation de ma personne dans un sens politique. Je demanderais très cordialement au Dr Goebbels et à Kube de présenter mon dossier de pension au Reichstag et de m'aider dans mes droits. » Ce que Richard Bessel qualifie de menace, et que l'on pourrait nommer un chantage politique particulièrement clair, signifie aussi qu'une demande personnalisée d'aide, de « justice, c'est-à-dire de traitement préférentiel », à un gouvernant n'est pas nécessairement synonyme d'attachement profond à la démocratie parlementaire. Dans le cas de l'Allemagne de Weimar, à partir de 1929, les pratiques de demandes de faveurs ne semblent pas avoir permis le maintien d'un régime républicain.
Dans l'Europe du premier vingtième siècle, les demandes privées adressées à des gouvernants ne vont pas nécessairement dans le sens d'un attachement des citoyens à la démocratie. Là encore, ce point ne peut être oublié lorsqu'il est question des représentations françaises de ces pratiques et de leurs conséquences politiques. L'article « apostille » du dictionnaire Larousse publié en 1928 s'achève par une remarque sentencieuse : « il n'est pas de député qui n'accorde par jour plusieurs apostilles ». Sans doute est-ce vrai, mais une comparaison minimale avec quelques pays européens doit permettre de prendre des distances vis-à-vis de cette vision commune, qui ne peut plus être reçue telle quelle. Vers la fin de juillet 1940, André Morize, ancien adjoint du commissaire général à l'Information Jean Giraudoux, se trouve en visite à Vichy, promue capitale de l'État français de Pétain. Il y assiste, écrit-il, au départ des derniers parlementaires, et à l'arrivée d'autres visiteurs.
« Surtout, il y avait partout, dans les antichambres et les halls d'hôtels, dans les couloirs, les restaurants, les allées des parcs, la horde immense des 'solliciteurs', arrivés de toute part comme des mouches sur un gâteau, avides de savoir s'il y avait quelque chose à ramasser, à cueillir, - un poste, un emploi, une mission, des miettes. »
Il serait dommage de ne penser le clientélisme, voire la corruption, qu'au prisme de la troisième République, et de laisser dans l'oubli ce que fut aussi, dès le départ, la dictature de Vichy. Ces points de comparaison font apparaître les enjeux d'une histoire de ces pratiques. Les demandes sociales émanant de particuliers, fussent-elles les plus anodines, les jeux d'influence des gouvernants, fussent-ils les plus anecdotiques, constituent un observatoire des attentes des citoyens à l'égard du champ politique ainsi que des liens de pouvoir à un moment, après la Grande Guerre, où ceux-ci prennent un tour critique.
La politique des plaintes est bien une histoire faite d'objets banals : pour autant, elle n'est pas insignifiante. Elle ne relève pas de la politique comme « exercice en plein vent ». Il s'agit, plutôt, de son exercice entre soi, celui qui consiste à donner un destinataire politique et, quelquefois, « une interprétation politique [.] à des conflits et à des enjeux, eux, réellement bien présents » : emplois publics, pensions, pression fiscale, par exemple. Avec ces demandes, s'opère, non une transformation ou une requalification, mais une translation d'intérêts individuels et d'attentes sociales, en direction d'élus et de détenteurs du pouvoir politique. Les plaintes sont un mode équivoque de rapport au pouvoir et de politisation. Elles relèvent rarement d'un « travail politique » ou de mobilisations. Elles sont, bien davantage, le fruit de transgressions dénoncées et tolérées. Elles traversent « la frontière mouvante selon le temps et le lieu entre le dit et le non-dit », entre la sphère privée et l'espace public, entre les demandes matérielles et les discours politiques. Ces activités tolérées sont « politiquement orientées » : les solliciteurs visent à influencer l'activité d'un gouvernant, sans nécessairement parler son langage ou investir dans leur plainte une idéologie. Elles ouvrent une voie d'accès à « des formes de politisation qui entretiennent une sorte de rapport d'extériorité aux 'rationalisations' politiques, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont 'insensées' ni qu'elles ne disposent pas d'un langage propre. » Grâce à elles, l'historien peut scruter les relations, personnalisées et distantes, que des Français ordinaires ont entretenues avec leurs gouvernants, et sonder l'épaisseur sociale des phénomènes de représentation, en République.
Cette histoire n'a pas réellement été entreprise, si ce n'est par un biais, le rôle d'intercesseur joué par les élus. Pour une majeure partie d'historiens, cette fonction renvoie à l'un des caractères de la vie politique, telle qu'elle se fixe à partir du dernier quart du XIXe siècle. S'y exprime « la force des intercessions » des élus, plus souvent parlementaires que locaux, en faveur de certains de leurs électeurs. L'obtention d'aides ou de faveurs pour des particuliers qui les ont sollicitées est reconnue, grâce aux interventions auprès de l'administration, préfectorale souvent, ou auprès de parlementaires influents, détenteurs d'un portefeuille ministériel. La pratique des recommandations aurait contribué à la professionnalisation de la vie politique au début de la IIIe République, ou à la création d'un métier parlementaire. La plupart des spécialistes de la IIIe République s'accordent sur le fait que « l'intervention est la base du métier ». Le constat est déjà opéré par les contemporains, avant même la publication, en 1914, de l'essai de Robert de Jouvenel.
Cet accord de principe, de type scientifique, sur l'importance de cette pratique dans la France républicaine vient, en retour, buter sur deux difficultés non négligeables. La première tient à la diversité des approches, dans les études qui prennent en compte ces formes politiques d'intercession. La multiplication des biographies d'hommes politiques, à partir des années 1970 environ, n'a, à quelques exceptions près, pas permis d'aller au-delà de notations brèves, sur les relations de services personnels entre des électeurs et certains élus. Cette accumulation a pu parfois donner l'impression que « les études abondent sur le rôle d'intercesseurs des élus qui sont à la charnière des circuits de décision parisiens et des intérêts provinciaux. » Les analyses détaillées font défaut dans la quasi-totalité des cas, bien souvent parce qu'il « reste peu de traces dans les archives » de ces pratiques. Pourtant, elles supposaient d'abondantes correspondances. La question n'a que rarement été formulée en tant que telle. Les études sur ce sujet ont assez vite traversé l'historiographie de la troisième République, entre le travail de Jean Bousquet-Mélou sur Louis Barthou et la thèse consacrée par Jean-François Eck à la Lorraine de Louis Marin. Axés sur l'analyse des pouvoirs locaux et sur les processus de constitution de fiefs électoraux, ces travaux sont restés sans lendemain. Il y a sans doute une part de malchance dans cette rencontre avortée. Jean-Claude Allain, biographe de Joseph Caillaux, notait que « les archives du secrétariat particulier de Caillaux ont, en effet, disparu et avec elles les moyens d'étayer et de quantifier cette activité, bien connue, des parlementaires. » Seuls quelques travaux récents permettent d'apporter des éléments de réponse à ces interrogations.
Cette situation scientifique contraste avec celle de plusieurs pays voisins, au premier chef l'Espagne et l'Italie. De nombreuses enquêtes régionales sur les élites dirigeantes et leurs pratiques d'intercessions entre la fin du XIXe siècle et les lendemains de la Grande Guerre, ont permis d'aboutir à des synthèses. Plusieurs travaux en français ont fait connaître les principaux résultats obtenus. Ces travaux réalisés dans les deux pays voisins se sont, dès le début des années 1990, fixés comme objectifs d'utiliser les jeux de recommandations et d'influence. Il s'agissait de scruter, non seulement le rôle d'élites dirigeantes composées de notables provinciaux, mais aussi, plus largement, ces modes d'exercice du pouvoir où les relations personnelles s'emboîtent dans les « circuits politiques ». Plusieurs des choix méthodologiques des historiens espagnols et italiens se sont révélés d'une telle fécondité que la référence à leurs travaux s'impose. On pense au choix d'enquêtes autant biographiques que monographiques - entendons des analyses localisées ou régionales. On pense plus encore au travail sur les correspondances, actives et passives, de notables ou de détenteurs du pouvoir politique. Bien que nombre d'études historiques sur le clientélisme n'en fassent pas état, l'épistolographie est un mode d'enquête fécond. En effet, « les lettres ont non seulement permis de reconstruire les réseaux de relations, qui se formaient en fonction des événements politiques, mais elles ont aussi rendu possible, dans de nombreux cas, l'établissement du type de rapport existant entre les deux correspondants, et entre ceux-ci et l'ensemble du groupe ayant un intérêt dans l'opération politique, objet de l'échange épistolaire. »
Eu égard à ces avancées dans des pays voisins, on s'explique que l'étude des pratiques d'intercession dans la France républicaine apparaisse comme une question à peu près délaissée par les historiens français. « Même la IIIe République, réputée caractérisée par l'importance des pratiques clientélaires, n'a guère fait l'objet d'investigations fouillées. Certes, bien des travaux ne se donnant pas explicitement pour objet le clientélisme ont contribué à éclairer les pratiques politiques et administratives de la 'République des camarades'. [.] Mais la marche quotidienne de l'administration et son interaction avec les dirigeants des partis politiques et des élus [.] notamment sur le plan local et au cours de la période de l'entre-deux-guerres » reste bien méconnue. Dans d'autres sciences sociales (science politique, sociologie politique), l'évolution a été différente. Le retour « ethnologique » sur la vie politique française opéré par Marc Abélès a facilité le regain d'intérêt pour le clientélisme politique ainsi que pour des thèmes comme l'emprise des notables ou la professionnalisation de la vie politique.
Cette première difficulté, liée à la pluralité des approches et des points de vue, en soulève une seconde. Dans la France républicaine, depuis la fin du XIXe siècle, les demandes sociales de services et les pratiques politiques d'intercession auraient permis - c'est la question - de constituer des systèmes clientélistes. Apparu dans la langue française durant les années 1970, le terme de clientélisme ne va pas de soi. L'idée d'un clientélisme en République recueille, dans ses grandes lignes, l'assentiment de la plupart des sociologues du politique. Elle est loin d'être évidente en histoire contemporaine, tant ses usages peuvent prêter à débats. À partir du cas de Louis Antériou, député républicain socialiste de l'Ardèche et ministre des Pensions pendant le Cartel des gauches, Yves Billard conclut à un clientélisme généralisé sous la IIIe République. « L'intervention reproduit une relation de type féodal entre un inféodé, l'électeur, et un protecteur, l'élu. » Cette façon de voir tranche avec des analyses antérieures, comme celle de Jean-François Eck sur la Lorraine du député Louis Marin, entre 1905 et 1914. Parlant des « élus locaux » et des « dirigeants d'associations » ayant recours à Louis Marin pour des tiers, Jean-François Eck montre qu'il n'y avait « de leur part aucune inféodation ».
Qualifier de clientélistes toutes les relations personnelles entre hommes politiques et citoyens peut conduire à des impasses, notamment lorsqu'il s'agit d'analyser des réseaux politiques. Tous ces réseaux ne reposent pas, ou pas foncièrement, sur des formes d'échanges intéressés. Il faudrait donc rester prudent face à « une tendance à assimiler le concept de réseau à des formes de patronage politique ou à des mécanismes de clientélisme, c'est-à-dire, globalement, à l'existence de relations politiques personnelles fondées sur un jeu permanent d'échanges, de récompenses, de services. » On peut parler de réticences ou d'hésitations face à une notion - le clientélisme - qui peut paraître contraignante. Certains historiens ont d'ailleurs préféré employer des termes voisins, mais qui n'étaient pas, à leurs yeux, strictement équivalents, pour parler de ces jeux d'influence. Claude Mesliand utilise l'expression de « fonction politicienne » à propos de Daladier et des radicaux vauclusiens entre les deux guerres, et Jacques Girault préfère parler de patronage, non de clientélisme, dans le cas de Georges Clemenceau dans le Var.
Venue de la sociologie et de l'anthropologie, la notion de clientélisme ne rend pas toujours compte de certains types d'adresses et de plaintes au pouvoir, dont l'importance historique n'est pourtant pas négligeable. Pour s'en tenir au premier après-guerre, on songe à des demandes de réhabilitation de soldats fusillés entre 1914 et 1918. Plusieurs de ces demandes, portées par les familles, « n'atteignent pas - ou peu - l'espace public ». Les demandes de révision, très différentes des doléances ordinaires, font aussi place à des « soucis matériels ». Or, confronté à ces « requêtes de type judiciaire (civique) », l'État « donne des réponses de type 'domestique', des compensations qui concernent le fusillé ou sa famille ». Appliquées à des phénomènes très variés, les théories du clientélisme se heurteraient vite à des limites.
Ces débats historiens sont plus riches d'enseignements qu'il ne semble à première vue. Au-delà des difficultés de traduction d'un modèle sociologique, ils permettent de ne pas accepter sans la repenser une représentation collective des clientèles électorales. Marquée, très lourdement, par l'héritage des débats politiques français du premier vingtième siècle, cette représentation a aussi été façonnée par Robert de Jouvenel, André Siegfried, Daniel Halévy, André Tardieu ou Charles Benoist. Ces références apparaissent souvent. Ainsi, la conclusion de l'étude de Jean Bousquet-Mélou sur le député Louis Barthou, avant 1914, fait l'éloge de la perspicacité de Robert de Jouvenel et. d'Alain. L'analyse scientifique peut-elle conforter des représentations polémiques élaborées par des contemporains qui ne se sont pas contentés d'être des observateurs, mais ont pris parti ? Peut-on dire, comme le fait Juan Pro Ruiz à propos de « l'image partiale » du caciquisme espagnol élaborée à la fin du XIXe siècle, que cette vision des choses « contamina la perception que nous pouvons avoir des réalités de ces années et des années précédentes » ? Il n'y a rien de plus discutable que cette vision française. Héritée des contemporains, elle ne voit dans le clientélisme politique qu'une tare démocratique. Les cas, voisins, de l'Italie fasciste et de l'Allemagne de Weimar devraient décidément inciter à changer de perspective.
Ce changement de perspectives ne va pas sans difficultés. À la différence de l'enquête sociologique, qui met en ouvre des témoignages rendus anonymes, l'analyse historique suppose l'existence de traces archivistiques particulières : des correspondances d'élus. Dans le cas des parlementaires de la IIIe République, en France, plusieurs de ces correspondances ont disparu, ainsi celle de Joseph Caillaux. D'autres sont conservées par les familles - comme pour le parlementaire Pierre-Étienne Flandin. Quand ils existent, ces documents peuvent s'avérer lacunaires : les traces des interventions sont quelquefois si ténues qu'elles n'offrent à peu près aucune prise au travail de l'historien.
Cette étude repose sur un fonds d'archives important : les courriers échangés au sujet de services demandés au député vauclusien Édouard Daladier. Les auteurs en sont, pour l'essentiel, des Vauclusiens, qu'ils aient été bénéficiaires de ces faveurs, ou simples intermédiaires, recommandant des proches à l'élu. Composé d'environ 5 à 6 000 requêtes qui lui ont été adressées, le fonds est abondant. Il comporte, en outre, pas moins de 2 000 demandes ayant transité par d'autres élus du même département. L'ensemble, conservé aux archives départementales du Vaucluse, concerne pour l'essentiel les années 1924 à 1940. Il ne s'agit pas des papiers privés d'Édouard Daladier, versés dans d'autres dépôts d'archives. L'ampleur de cette correspondance n'est pas inhabituelle pour un parlementaire français de la première moitié du XXe siècle. Gaëlle Charcosset, travaillant sur la correspondance - épurée selon elle - du député du Rhône Laurent Bonnevay de 1902 à 1942, estime que « les remerciements pour des services rendus occupent près des ¾ des quelques 3 000 lettres conservées aux archives départementales du Rhône ». Quand ils ont été conservés dans des dépôts publics, ces fonds documentaires, peu nombreux au total, sont massifs. Cela soulève deux questions, auxquelles ce livre tente d'apporter quelques éléments de réponse.
La première tient à la diffusion de cette pratique tolérée, à son enracinement dans la société française, et à sa raison d'être. Or cette raison d'être n'apparaît pas, ou si peu, lorsque l'on se cantonne au travail d'intercession des élus. Il faut restituer le point de vue des solliciteurs, et leur identité. S'agissant des lettres individuelles - doléances et demandes à Daladier, le statut légal assigné à « la documentation historique de la recherche », selon l'article 1er de la loi du 3 janvier 1979, autorise la publication des noms de leurs auteurs. Versé par la préfecture de Vaucluse, ce fonds d'archives est librement consultable passé un délai de 60 ans, « à compter de la date de l'acte pour les documents qui contiennent des informations mettant en cause la vie privée des personnes » (art. 7 de la loi de janvier 1979). Confirmé par arrêt du Conseil d'État, rendu en décembre 1979, au sujet des archives du ministère de l'Intérieur, ce délai légal spécial régit, et la consultation des fonds, et la publication des noms des contemporains. Légalement possible, cette publication répond à une exigence d'exactitude scientifique, garante de la compréhension historique. Cette histoire attentive aux Français ordinaires n'est plus possible pour le second vingtième siècle, à moins d'opter pour un anonymat généralisé - irréalisable en pratique - ou pour un recours massif à des noms d'emprunt - procédé toujours délicat. Réputés être des électeurs de l'homme politique à qui ils demandent un, ou plusieurs services, les solliciteurs sont ainsi souvent restés dans l'ombre, y compris dans de nombreuses études, où l'histoire sociale est sacrifiée à l'analyse politique. Pourtant, une plainte, une doléance ou une faveur n'est jamais neutre. Pour les personnes qui s'adressent à un élu, la requête est d'abord l'expression d'une demande sociale, d'intérêt privé le plus souvent. Qui demande quoi à un député, et pour quelles raisons ? Afin d'apporter des éléments de réponse à cette interrogation relativement simple, en apparence, il a fallu opérer quelques choix. En effet, l'étude des objets demandés dans les requêtes ne fournit pas toutes les clés. Encore doit-on savoir qui sollicite. Il était impensable de faire sortir tous ces Vauclusiens ordinaires de la masse anonyme dans laquelle ils sont confondus. Procédant par juxtaposition d'échantillons, croisant les requêtes avec d'autres documents d'archives, l'analyse s'est efforcée de faire apparaître des groupes de solliciteurs, saisis au travers de leurs situations sociales et de leurs affiliations à des associations, dont les partis politiques. Au plus près des acteurs ordinaires, les uomini qualunqui de la sollicitation, cette histoire « au ras du sol » ou à la loupe, cette micro analyse en somme, est déterminante.
Elle seule permet de comprendre que ces pratiques ont une histoire. La constance apparente des usages ne peut masquer le fait que les objets demandés, les situations professionnelle et sociale des solliciteurs, la façon dont ils expriment leurs attentes, enfin l'expression de leurs choix politiques évoluent au fil du temps. Cette évolution est retracée pendant une durée moyenne d'un demi-siècle, de la jeunesse de Daladier - né en 1884 -, jusqu'au début de la seconde guerre mondiale. Édouard Daladier, maire de Carpentras en 1912, élu député pour la première fois en 1919, est l'héritier de ces pratiques déjà dénoncées avant le début de sa carrière politique. Ce legs, reçu des années 1890 à 1914, a servi de point de départ à l'étude des transformations, puis de l'entrée en crise, des clientélismes radicaux dans le Vaucluse de l'entre-deux-guerres. Car Daladier appartenait au parti radical, sur lequel - on l'a vu - la plupart des polémiques se sont focalisées, de 1902 aux années 1930. Le choix d'un parlementaire radical a permis de confronter le cour de la légende noire de la République parlementaire avec les pratiques sociales et politiques dont l'un des dirigeants de ce parti était un acteur.
Obéissant à des logiques sociales, les sollicitations appellent ce que les contemporains nomment l'intervention d'un élu. Avant même la Grande Guerre, le terme, ancien, d'apostille tombe en désuétude, au fur et à mesure que la pratique, dénoncée, se banalise. Arthur Huc, radical, en fait l'aveu mélancolique en 1910 : « il y trente ans, un député se serait fait un scrupule de risquer son apostille dans certaines interventions. L'idée ne lui serait pas venue de recommander un conscrit. » L'intervention, euphémisme, signale la neutralisation morale d'un usage en théorie incompatible avec le projet républicain. Comme l'apostille, l'intervention est un mode de transmission de la plainte à l'administration. C'est une « frange », entre lettre et dossier, « entre texte et hors-texte », une « zone non seulement de transition, mais de transaction » : un paratexte. Son action « est bien souvent de l'ordre de l'influence, voire de la manipulation [...] » d'un destinataire qui a changé, et que le solliciteur ne connaît pas nécessairement.
En l'état des recherches, il est déjà délicat de savoir quelle charge de travail représentent ces interventions d'hommes politiques en faveur de tiers. Dans une lettre de 1878, Jules Ferry se plaint d'une charge harassante.
« Le flot me noie, me dévore, m'assassine. Il envahit mes heures comme un déluge qui monte de jour en jour. Homme d'affaires de mes électeurs, je cesserais d'être celui de mon pays, si je voulais remplir à la lettre le programme que leur mendicité m'impose. »
Faute d'indications chiffrées fiables, on doit malheureusement s'en tenir à cette remarque de Robert de Jouvenel en 1914 : « les députés qui reçoivent 40 lettres d'électeurs par jour ne sont pas des exceptions. Le parlement ne règne pas, ne gouverne pas, il écrit. » Une évaluation donnée par Yves Billard est beaucoup plus basse : « un député-maire ou un député conseiller général rédige donc plus de 1 000 lettres par an dans le cadre de cette activité. » Donnée sans analyse quantitative, ni indication de sources ou de corpus, elle n'est pas confirmée par les recherches les plus récentes. Selon Gaëlle Charcosset, le député Bonnevay a reçu, de 1902 à 1939, 2 767 lettres de personnes habitant la 2e circonscription de Villefranche, dans le Rhône. Même en admettant que tout n'ait pas été conservé, on est - avec moins de 100 lettres par an - bien loin du compte.
Réalité banale du métier de parlementaire, le travail d'intervention semble inextricablement lié à l'exercice du pouvoir politique. Comment cette influence politique s'exerce-t-elle, et auprès de qui ? Afin d'apporter quelques éléments de réflexion, l'étude a privilégié la dimension collective de cette pratique officieuse de pouvoir. Il y a deux raisons à cela. Dans le Vaucluse de Daladier, entre 1890 et 1940, existent, à côté des requêtes directes, des demandes empruntant des chemins plus sinueux. Les élus locaux - maires et conseillers généraux -, voire de simples particuliers pouvaient servir de relais, pour atteindre un homme que l'exercice du pouvoir, à Paris, semble parfois avoir rendu lointain. Certains de ces intercesseurs locaux pourraient être assimilés à ce que les historiens modernistes nomment des courtiers de l'influence d'un gouvernant, ou, en anglais, des brokers. Ce trait n'est pas spécifique au Vaucluse : on le retrouve, dans la première moitié du vingtième siècle, du territoire de Belfort au Tarn-et-Garonne. Inséré, en partie, dans des réseaux d'élus, l'exercice d'une influence politique suppose une forme de contrôle officieux de l'administration. De là l'usage courant du verbe « intervenir ». Le patronage coutumier des fonctionnaires de la IIIe République est assez bien connu. Dépourvus d'un statut protecteur créé au lendemain de la seconde guerre mondiale, les fonctionnaires sont, semble-t-il, dans « la dépendance politique familière » des parlementaires. Croisant les dossiers de requêtes avec d'autres sources documentaires, l'étude a tenté de faire apparaître un petit groupe d'hommes, secrétaires particuliers ou préfets, chargés, par Édouard Daladier, de l'exercice délégué des interventions en son nom.
Dans le cas d'Édouard Daladier, l'étude de ces pratiques de pouvoir, dotées d'une forte dimension collective, revêt une certaine importance. En effet, Daladier, ministre de 1924 à 1926, président du Conseil en 1933, puis de 1938 à 1940, a été un gouvernant de premier plan. En 1938-1939, son aura a été telle que les contemporains ont parlé de la « dictature de Daladier » au plan national. Ce gouvernement, d'avril 1938 à mars 1940, n'a pas été un ministère ordinaire. René Rémond a, le premier, pointé cette « expérience singulière qui a son intérêt propre ». L'étude des plaintes adressées à Daladier vient buter sur cette expérience, complexe et ambiguë. Quelle incidence ces demandes sociales privées ont-elles eu sur le dernier grand gouvernement de la IIIe République ? Quelle place a occupé le travail d'intervention et d'influence dans les pratiques de pouvoir du président du Conseil et de ses proches ? On débouche sur des interrogations générales, sur la sensibilité ou la dépendance des gouvernants aux attentes qui s'expriment dans une société - locale, ici - et aux sollicitations diverses qui leur parviennent. « Cette question redouble d'intérêt » dans des contextes de crise, comme celle que connaît la France dans les années 1930, lorsque l'État et la société connaissent de profondes mutations. Avant la défaite de juin 1940, avant le sabordage de la IIIe République, à Vichy en juillet 1940, les plaintes adressées à Édouard Daladier ainsi que les interventions réalisées en son nom indiquent qu'un fossé s'est creusé. L'entrée dans la deuxième guerre mondiale a accentué l'écart entre les attentes de citoyens ordinaires et les choix du gouvernement.
En 1910, Charles Péguy envisageait la publication des archives d'une famille républicaine dans ses Cahiers de la Quinzaine. Avec ces archives inventées et jamais publiées, Péguy pensait déplier « le tissu même du peuple et du parti républicain », et répondre à une interrogation. « Ce que nous voulons savoir c'est de quel tissu était tissé, tissu ce peuple et ce parti, comment vivait une famille républicaine ordinaire, moyenne pour ainsi dire, obscure, prise au hasard, pour ainsi dire, prise dans le tissu ordinaire, prise et taillée à plein drap, à même le drap, ce qu'on y croyait, ce qu'on y pensait, - ce qu'on y faisait, car c'étaient des hommes d'action, - ce qu'on y écrivait [.]. » Les archives publiées dans ce livre ne sont sans doute pas celles auxquelles aurait pensé Péguy. Elles disent peu, ce qu'on y écrivait à des élus républicains et à un gouvernant - Daladier -, ce que l'on attendait d'eux, de lui plus encore. À l'inverse de ce qu'écrivait Péguy, ces archives-là ne se rapportent pas à « un âge héroïque », celui des combats pour la République au XIXe siècle. Il serait trop simple de dire que cet autre âge, celui de la République de la première moitié du XXe siècle, fut celui des défaillances. Ces archives-là ne supposent pas que « le peuple était grand », ni « que la République avait les mains pures », ou l'inverse. Enfin, ces documents n'écartent pas « les grands patrons », car il n'y a pas de pouvoir, en République, sans hommes pour l'exercer. Cet essai ne prétend donner à voir que le tissu commun et, suivant les marques des usages au fil du temps, comprendre comment il s'est distendu, jusqu'à la déchirure brutale de l'année 1940.
Accarie (Maurice, conseiller général), 98
Agnel (Raoul, maire d'Auribeau), 337
Alain (Émile Chartier, dit), 12, 13, 22, 23, 25, 51, 52, 53, 54, 140, 291
Albert (Jean, de Beaumes-de-Venise), 188
Allèggre (Émile, maire de Robion), 130
Alliand (Charles, maire de Morières), 129
Amiel (Auguste, de Beaumes-de-Venise), 163
Amiel (Émile, de Beaumes-de-Venise), 196
Amiel (René, de Beaumes-de-Venise), 188
André (Marius, maire de Cheval Blanc), 129
André (Pierre-Jean, pseudonyme du général Pierre Redan), 289
Andrieux (Philippe, maire de Puyvert), 130
Antériou (Louis, député), 23, 24, 103, 150, 151, 209, 218, 274
Aragon (Louis), 19
Arniaud (Édouard, maire de la Bastide-des-Jourdans), 128
Arnoux (Jules, d'Orange), 258
Aron (Raymond), 52, 53, 54
Artillon (adjoint au maire de Vaison-la-Romaine), 351
Audibert (Henri, maire de Viens), 130
Audibert (Nicolas, de Beaumes-de-Venise), 161
Audoux (Claire, d'Orange), 243
Augier (Aimé, de Villes-sur-Auzon), 123
Augier (Siffrein, de Carpentras), 47, 111
Aujol (Jean-Louis), 31
Autard (Pierre, maire de Maubec), 129
Autrand (Aimé), 37, 38, 43, 67, 86, 96, 120, 121, 122, 132, 153, 191, 252, 253, 272, 278, 281, 283, 285, 286, 327, 328, 354
Azaña (Manuel), 358
Balester (Raphaël, d'Orange), 220, 248
Ballester (Salvatore, de Beaumes-de-Venise), 167, 170
Barjol (Louis, de Beaumes-de-Venise), 190, 192
Barré (Maurice, sous-préfet), 58, 59, 60, 66, 67, 68, 81, 83, 84, 86, 87, 88
Barrès (Maurice), 311, 314, 330, 335
Barriol (Paul, maire de Pertuis), 130
Barroyer (Marius, des Vignères), 259
Barthélémy (Louis, de Cadenet), 346
Barthou (Louis, député), 21, 25, 42, 59, 83, 84, 85, 86, 87, 150, 151, 164, 165, 209, 308, 357
Bas (Benoît, d'Orange), 232, 241
Basch (Victor), 317
Baudouin (Eugène, maire d'Apt), 96, 97
Bayle (Joseph, de Caderousse), 110
Bellesort (André), 285
Bellot (Louis, maire de Rustrel), 130
Benoist (Charles), 11, 12, 14, 25
Benoît (Pierre, maire de La Motte), 129
Bèque (Fernand, d'Orange), 221, 222, 224, 229
Bérard (Raoul, de Beaumes-de-Venise), 181
Bérard (René, d'Orange), 209, 222, 225, 229
Béraud (Aimé, d'Orange), 221, 225, 229, 297
Béraud (Henri), 316, 318
Bérenger (Henry), 66, 67
Bernard (Alphonse, de Vacqueyras, conseiller général), 97, 149, 150, 153, 165, 174, 181, 182, 186
Bernard (Alphonse, maire de Goult), 129, 137
Bernard (C., maire de Caromb), 129
Bernard (Henri, maire de Villes-sur-Auzon), 110, 114, 123, 130, 134, 135, 137, 310, 311
Bernard (Jules, maire de St-Léger), 130
Bertrand (Pierre), 229
Bès (de Piolenc), 43
Biancheri (Jean, de Beaumes-de-Venise), 182, 188, 196
Bigonnet (Félix, de Beaumont du Ventoux), 349
Billotte (Gaston, général), 289
Biscarrat (Danton, de Beaumes-de-Venise), 151, 164, 168, 174, 175, 176, 177, 181, 187, 225
Bizardel (Robert, sous-préfet), 279
Bizardel (Yvon, pseudonyme Lapaquellerie), 54, 254, 262, 279, 280, 282, 285, 286, 291, 319
Blanc (Adolphe et Ernest, d'Orange), 223, 224, 225, 229
Blanc (Alexandre, député), 88, 90
Blanchard (Aldéric, maire de Beaumes-de-Venise), 128, 188, 191, 192, 196
Blauvac (Clément, de Beaumes-de-Venise), 172
Bloch (Marc), 343
Blouvac (Adrien, maire de Beaumont du Ventoux), 129
Blum (Léon), 235, 238, 291, 300, 301, 348, 354, 355
Bonnafous (Irénée, sénateur), 30, 126, 131
Bonnet (Émile, maire de Sablet), 115, 130
Bonnet (Georges, député), 206
Bonnevay (Laurent, député), 21, 26, 27, 29, 95, 103, 122, 124, 128, 138, 139, 151, 203, 210, 271, 272, 360
Borde (Paul, de Villars), 346
Bouchet (Louis, de Pertuis), 60
Boulanger (général), 29, 48, 365
Bourgeois (Léon), 65
Bourguet (juge de paix à Beaumes-de-Venise), 182
Bouvet (Justin, d'Orange), 221
Bouvier (Émile), 205
Bouvin (Joseph, de Beaumes-de-Venise), 151
Bouyer (Francis, conseiller général vauclusien), 98
Boyer (Paul d'Orange), 248
Brémond (Virginie, veuve, de Malemort du Comtat), 309
Briand (Aristide), 12
Brochier (Élie, d'Orange), 222
Broglia (Pierre, de Beaumes-de-Venise), 167, 168, 169
Brun (facteur, Mornas), 305
Brun (Fernande, d'Orange), 235, 236, 239, 249
Buatsis (Raymond), 339
Bührer (Jules, général), 287, 289, 290, 292, 298, 299
Buisson (Georges), 129, 307
Caillaux (Joseph), 21, 25, 90, 166, 167, 307, 316
Calamel (Jean, de Beaumes-de-Venise), 184
Campinchi (César), 292
Capty (Joseph, d'Orange), 220, 222, 284
Carle (Aimé, de Villes-sur-Auzon), 110
Chabannes (Édouard, de Beaumes-de-Venise), 169
Chabert (Louis), 351
Charançon (veuve, d'Orange), 245
Charasse (Benjamin, maire d'Entrechaux), 129
Charensol (Casimir, maire de Grillon), 129
Charpier (Étienne), 253
Chaumard (Élie, de Villes-sur-Auzon), 124
Chautemps (Camille), 205, 261, 274, 294, 299, 301
Chauvet (Alexis, de Beaumes-de-Venise), 161
Chavin (Henry, préfet), 286, 292, 293
Chiappe (Ange, sous-préfet), 132, 220, 284, 291, 292
Chiappe (Jean, préfet), 292
Chobaut (Hyacinthe), 54, 286, 321, 354
Clapier (Marcel, directeur de cabinet d'É. Daladier), 93, 133, 277, 278, 279, 280, 281, 283, 285, 286, 291, 295, 328, 342
Claudel (Paul), 354
Clemenceau (Georges), 24, 52, 250, 285
Clemenson (F., maire de Buisson), 129
Clément (Paul, d'Orange), 211
Clément (Victorin, maire d'Auribeau), 128
Clémentel (Étienne), 297
Clop (Marius, conseiller général), 98
Clop (Victor), 350
Cluchier (Joseph), 253, 254, 351
Colrat (Maurice), 72
Combes (Émile), 10, 11, 52, 65, 66, 67, 72, 73, 84, 85, 93, 285, 300
Cornillac (Louis, conseiller général), 98, 350
Costeg (Alexis), 106
Cot (Pierre), 31, 316, 318
Cuer (Louis, d'Orange), 238
Cuillerai (Aimé, d'Orange), 352
Cuillerai (Marius, de Bollène), 262
Dal Molino (Ulysse, de Beaumes-de-Venise), 167, 169
Daladier (Claude), 45
Damy (Louis, de Pernes), 338
Darlan (François, amiral), 282, 293, 355
Dascalopoulos (Élie, d'Orange), 215
Dascalopoulos (Marcelle, veuve Picard, d'Orange), 212, 225, 229
Daumas (Baptistin), 311
Dautry (Raoul), 333, 334, 335, 350
David (Georges, de Carpentras), 45
Debout (Aimé, de Caderousse), 111
Debré (Michel), 348
Deflaux (Abel, d'Orange), 221
Delbos (Yvon), 165, 205, 206
Delorme (Théodore, maire du Pontet), 129, 131, 137, 287
Déroulède (Paul), 47
Detton (capitaine), 344
Deyren (Charles), 311, 312
Disy (Émile, maire de Gigondas), 129
Donat-Guigue (procureur général), 294, 295
Dorgères (pseudonyme d'Henri-Auguste d'Halluin), 195, 197
Dormoy (Marx), 301
Doumergue (Gaston), 194, 284, 320
Doux (Pierre Ernest, préfet), 84
Douzet (Antonin, d'Orange), 91
Douzon (Fernand), 344
Dreyfus (Henri, conseiller général), 98, 120, 121, 126, 134
Droze (Martial), 289
Ducla (général), 288
Dufieux (général), 294
Dumas (maire de Cadenet), 129
Duperron (Madame), 297, 298
Durafour (Antoine, député), 85, 300
Edgard (Jean, d'Orange), 218, 219
Escoffier (André), 132
Estève (Armel, d'Orange), 209, 218, 221, 223, 225, 229, 296
Estève (Marius, de Cadenet), 68, 70
Fabre (André, de Rustrel), 106, 107, 108, 109, 306, 307
Fabre (Ulysse, sénateur), 86, 91, 93, 94, 96, 98, 120, 152, 278, 280, 282, 283, 285, 286, 327, 328, 329, 335, 337, 338, 339, 341, 342, 343, 344, 345, 346, 347, 349, 350, 351, 352, 353, 354
Fare (Lucien, de Beaumes-de-Venise), 185, 186
Farinacci (Roberto), 16
Faujas (Maurice, de Carpentras), 89, 225
Fayard (Daniel et Élise, de Villes-sur-Auzon), 123
Félician (Antonin, maire de La Tour d'Aigues), 130
Ferrand (Armand, d'Orange), 210
Ferréol (Aubert, maire de Gignac), 129
Ferry (Jules), 29, 357
Fioré (Julie, institutrice à Apt), 105
Flachaire (Noël, de Beaumes-de-Venise), 177, 178, 179, 188, 189
Flandin (Pierre-Étienne), 26
Foucheraut (de Cadenet), 60
François (Monsieur et Madame, de Villes-sur-Auzon), 114
Fromage (Madame, nourrice d'Édouard Daladier), 315
Fumat (Albert, d'Orange), 245, 249
Gamelin (Maurice, général), 54, 55, 289, 292, 293, 294, 320, 327, 350
Garcin (Robert, maire de Fontaine de Vaucluse), 121, 130
Garcin (Voltaire, conseiller général), 98, 120, 121, 338, 350
Garnier (Louis, conseiller général), 97, 162
Gasser (Jules, sénateur), 300
Géloux (facteur à Cyprien d'Aigues), 86
Génébrier (Pierre, préfet), 58, 59, 60, 61, 62, 65, 66, 68, 69, 73, 75, 83, 85, 88, 93, 279
Génébrier (Roger, préfet), 92, 93, 277, 279, 280, 282, 283, 286, 290, 323
Gent (Alphonse, sénateur), 43, 44
Gérin (François, d'Orange), 221
Gimenez (Raymond, de Beaumes-de-Venise), 167, 169
Giniès (Paul, maire de La Bastidonne), 128
Giono (Jean), 220
Girard (Ludovic, maire de St-Martin de Castillon), 95, 130
Giraud (fils, de Carpentras), 46
Giraud (Jules, d'Orange), 209
Giraudoux (Jean), 18
Goebbels (Joseph), 17, 18
Gomarre (Marius, de Malaucène), 248
Gonnet (Fernand, conseiller général), 98, 132, 207
Gouisset (Marcel, d'Orange), 215
Gracq (Julien), 325, 337, 347
Gromelle (Claude, d'Orange), 233
Gros (Louis, parlementaire), 97, 126, 166, 182, 190
Guérin (Eugène, sénateur), 37, 38, 42, 45, 47, 86, 145
Guichard (Louis, député), 49, 57, 58, 59, 85, 87, 89, 90, 92, 182, 190, 226
Guilloré, 192
Guilloux (Louis), 305, 321, 361
Guion (Félix, de Villelaure), 60, 71
Guis (Joseph, maire de Cavaillon), 72, 76, 77, 128, 129
Halévy (Daniel), 14, 15, 25, 51, 52, 53, 85, 247
Héritier (André, d'Orange), 225, 226, 227, 228, 229, 230
Herriot (Édouard), 137, 141, 181, 196, 205, 260, 271, 280, 283, 284
Hiély (Madame, d'Orange), 249
Hitler (Adolf)