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Richard Hocquellet, Résistance et révolution durant l'occupation napoléonienne en Espagne 1808-1812

format 15,5x24 cm, 367 pages, ISBN 2-910828-21-2, 144 francs français, 22 euros
© Boutique de l'Histoire éditions, 2001

Sommaire

Introduction

Conclusion

Index

Des expressions comme le "guêpier espagnol" ou "l'ulcère espagnol" sont fréquemment employées pour qualifier "l'affaire d'Espagne" menée par Napoléon à partir de 1808. Il s'agit en effet du premier échec militaire et politique de l'Empereur. Échec militaire : en juillet 1808 les troupes napoléoniennes sont battues en rase campagne. En 1813, la péninsule est perdue. Échec politique : l'abdication forcée de la famille royale espagnole et le transfert de la couronne à Joseph Bonaparte n'assurent pas à Napoléon la soumission du royaume. Bien au contraire : partout où les Espagnols le peuvent, ils résistent aussi bien à l'occupation française qu'au changement dynastique, grâce à un puissant mouvement patriotique et à l'aide anglaise.
La réaction des Espagnols a surpris les contemporains. Napoléon en leur offrant une constitution réformant la monarchie croyait les satisfaire. Or, ils ont rejeté les solutions imposées par la France à la crise de leur régime. Curieusement, cette réaction au nom du roi et de la religion débouche sur une révolution libérale.
L'objet de ce livre, version remaniée d'une thèse de doctorat d'histoire, est de partir du point de vue espagnol pour saisir la manière paradoxale dont les événements se sont déroulés. L'organisation des résistants, qui retournent à leur profit des concepts révolutionnaires français comme le droit des peuples ou la souveraineté nationale, et la détermination patriotique, qui se traduit par une lutte sans merci de la guérilla, entravent la réalisation des projets napoléoniens. La compréhension de ces années cruciales nécessite donc de prendre la mesure de l'originalité du processus de résistance et de révolution pendant la Guerre d'Indépendance espagnole.

Sommaire

Table des cartes, table des abréviations, p. 7
Introduction, p. 9
Deux paradoxes et deux mythes, p. 9
1808-1810 : la première étape de la révolution espagnole, p. 13
L'horizon incertain, p. 16

Première partie : Les Espagnols face à Napoléon

Chapitre 1 : Les Français en Espagne, p. 21
La présence militaire française, p. 21
Les bouleversements dynastiques et politiques, p. 26
Les afrancesados, p. 41
La monarchie joséphine, p. 49
L'installation du régime, p. 49
Les difficultés de Joseph, roi d'Espagne, p. 57
Chapitre 2 : La réaction patriotique, p. 65
La mobilisation populaire contre les Français, p. 65
Le 2 mai à Madrid, premier affrontement, p. 65
Le soulèvement patriotique dans les provinces, p. 74
Les violences de la foule, p. 84
La spontanéité du soulèvement en débat, p. 91
Le discours patriotique, p. 96
Les formes du discours, p. 96
L'idéal patriotique, p. 105

Deuxième partie : La nation espagnole en lutte

Chapitre 3 : L'apparition du sentiment national, p. 117
La construction de l'idée nationale, p. 117
Peuple, nation et patrie, p. 117
Des références communes, p. 130
La communauté de destin : la nation, p. 137
Le gouvernement des patriotes : les juntes, p. 140
Le principe des juntes patriotiques, p. 140
Processus de formation et composition des juntes, p. 145
Une typologie des juntes patriotiques, p. 151
La réunion de la Junte centrale, p. 154
L'union nécessaire, p. 154
Vers un gouvernement central patriote, p. 158
L'institution de la Junte centrale, p. 164
Chapitre 4 : Les territoires de la monarchie hispanique face à la guerre, p. 171
La lutte armée contre les armées napoléoniennes, p. 171
Guerre réglée et guerilla, p. 171
La marche des armées napoléoniennes à travers l'Espagne, p. 179
Le poids de la guerre sur les populations, p. 192
Les menaces d'éclatement de la péninsule, p. 198
Les relations entre provinces et gouvernement central, p. 198
Le faux problème du fédéralisme, p. 205
Le cas des possessions d'outre-mer, p. 208
L'enjeu américain, p. 208
Le patriotisme américain, p. 213
L'heure des divergences, p. 215

Troisième partie : Vers la révolution

Chapitre 5 : Les droits nouveaux de la nation, p. 223
Des pouvoirs en débats, p. 223
Les concurrences d'autorité, p. 223
La pression populaire sur les juntes, p. 231
La Junte centrale face aux oppositions, p. 238
La formation du Conseil de régence, p. 244
L'apparition de l'opinion publique, p. 251
La prise de parole des patriotes, p. 251
La prise en compte du public, p. 256
La pédagogie politique de la nouvelle presse d'opinion, p. 264
Le cercle des médiateurs de la modernité, p. 276
Chapitre 6 : La convocation des Cortes de Cadix, p. 285
Quelles Cortes pour quelle nation ?, p. 285
La nécessité des Cortes, p. 285
La «grande affaire» de la réalisation du projet, p. 292
Deux impératifs: la représentation nationale et la constitution, p. 301
La souveraineté nationale, p. 310
Les modalités de la convocation, p. 310
Les élections aux Cortes, p. 320
L'ouverture de l'assemblée, p. 331

Conclusion : De la patrie à la nation,de la nation à la révolution, p. 337

Bibliographie, p. 351
Index, p. 363

Introduction

Deux paradoxes et deux mythes

Il serait absurde de supposer que les Espagnols essayèrent d'affronter les maux terribles et la désolation épouvantable de cette guerre-là sans plus de but que d'assurer leur indépendance et sauver leur roi ; de croire qu'ils ne devaient pas penser à gagner quelque avantage interne de ces efforts si prodigieux, et à remédier aux abus qui avaient causé de telles calamités [...]. C'est ainsi que l'idée de réformer nos institutions politiques et civiles ne fut ni ne pouvait être l'effet de l'échauffement d'un petit nombre d'esprits exaltés pas plus que d'une conspiration criminelle d'un parti de factieux.

Quinze années après les événements, Manuel Quintana, un des protagonistes les plus engagés de la période, associe avec raison résistance et révolution. Or, le mouvement qui conduit de l'un à l'autre peut paraître bien paradoxal. En effet, partant en 1808 d'une réaction conservatrice destinée à défendre les droits d'un monarque d'Ancien Régime forcé d'abdiquer, nous aboutissons en septembre 1810 à la proclamation de la souveraineté nationale puis en 1812 à l'élaboration d'une constitution libérale décrétant la liberté civile et l'égalité des citoyens. Un des pays classé parmi les plus imperméables aux Lumières et aux idées de la Révolution française invente pourtant un régime qui servira de modèle pour les libéraux européens et américains du XIXe siècle. En deux années, que l'on peut qualifier de cruciales, les patriotes espagnols, tout en luttant contre les troupes napoléoniennes au nom de la conservation de leur identité, expérimentent la modernité politique. Alors que, et c'est le deuxième paradoxe, les Français, à travers Napoléon et son frère Joseph devenu roi d'Espagne, proposent aux Espagnols d'en finir avec l'Ancien Régime. Une constitution monarchique est adoptée par une assemblée de représentants à Bayonne dès juin 1808 ; des mesures visant à réduire l'influence sociale et morale de l'Eglise sont décrétées. Des entraves à la liberté de la propriété sont levées. Ceux qui s'engagent aux côtés des Français, nommés pour cette raison les afrancesados, sont persuadés de réaliser le véritable programme de modernisation du pays et jugent les patriotes comme des réactionnaires fanatisés par le clergé. Ils forment le camp de la collaboration pendant que le camp de la résistance s'achemine vers la révolution. Avec la convocation d'une assemblée constituante en 1810 par les patriotes, la nation espagnole devient souveraine, premier acte de la révolution. Jamais les afrancesados, encore moins Napoléon n'ont accordé une telle considération au pouvoir de la nation.
Face à ces deux paradoxes, l'attitude la plus fréquente, que ce soit celle des contemporains ou celle des historiens de la période, est de privilégier un des termes, soit la réaction patriotique, soit le processus révolutionnaire, soit le programme afrancesado, et finalement d'en séparer l'étude.
De cette approche tronquée sont nés deux mythes, celui du patriotisme «national» et celui de la révolution libérale. Deux mythes au sens où ils servent de référence globale à ceux qui se réclament du patriotisme ou du libéralisme, déterminant leur origine au moment des faits. Jusqu'à nos jours, ils ont placé un filtre entre la période et son analyse que nous devons dans un premier temps prendre en compte pour ensuite le dépasser. Quant au phénomène de la collaboration, il est occulté par les deux mythes, le premier au nom du rejet des afrancesados - des traîtres à leur patrie, le second au nom de l'originalité propre à la révolution libérale.
Employer le terme patriotisme n'est pas seulement faire référence à une série d'événements qui se déroulent de la fin du mois de mai 1808 au début de l'année 1814 quand les derniers soldats français quittent le territoire espagnol. Il désigne également l'interprétation de ces événements, interprétation mise au point dès le lendemain des faits et reprise ensuite par l'historiographie. Le patriotisme renvoie à la fois à des gestes et à un discours élaboré à partir d'eux, une conduite et une lecture. L'ensemble a toujours été pensé conjointement : le récit de la résistance patriotique devient l'acte fondateur du patriotisme lui-même.
La révolution de Cadix subit le même traitement : le libéralisme naît avec les Cortes extraordinaires qui représentent l'origine de l'Espagne moderne comme l'an I de toutes les ruptures, reprenant par là même le discours des révolutionnaires de 1810.
N'ayant engendré aucun mythe, la collaboration bénéficie du traitement le plus objectif mais elle attire peu. Aux lendemains des événements, les afrancesados cherchent à s'expliquer, à se justifier et du coup minimisent la portée de leur engagement en réduisant leur projet si bien qu'il n'est pas récupérable. De plus, ils sont les perdants de la guerre : la défaite française prouve à rebours leur échec.
On l'aura compris, la Guerre d'Indépendance espagnole fait partie de ces moments de l'histoire d'un pays qui restent encore des enjeux de mémoire après avoir été des sources de polémiques.
Des acteurs de l'époque ayant participé à la révolution de Cadix avec Quintana, comme le comte de Toreno, Alvaro Flórez Estrada ou Agustín Argüelles, ont tendance à fondre ces deux mythes fondateurs que sont la patrie et la révolution. Les mettant en relation, ils ont affirmé que la réaction patriotique était une condition de la révolution. À leur suite, les historiens libéraux du XIXe siècle ont insisté sur la notion de nécessité entre les deux termes et l'expérience de la Guerre d'Indépendance prenait tout son sens avec la proclamation de la Constitution de Cadix. La révolution devenait le modèle pour les générations présentes et futures, c'est-à-dire autant mythe fondateur que point d'aboutissement historique dans une Espagne au destin politique incertain. La filiation de l'historiographie libérale se retrouve de nos jours dans les études de Miguel Artola, Manuel Moreno Alonso et Antonio Moliner Prada, pour ne citer que les principaux historiens travaillant sur cette question.
À l'opposé, d'autres auteurs ont privilégié l'aspect patriotique, soit parce qu'ils se sont focalisés sur la guerre elle-même, soit parce qu'ils ont refusé les principes révolutionnaires de Cadix. L'ouvre monumentale et controversée de Menéndez y Pelayo, Historia de los Heterodoxos españoles, en est l'exemple le plus caricatural puisqu'il base son rejet de la révolution sur une prétendue identité espagnole opposée à ce type de rupture politique. L'idée d'un «être de l'Espagne» (un ser de España) se retrouve au milieu du XXe siècle au sein du courant idéologique franquiste. Sous une forme atténuée, on le décèle encore dans les ouvrages de l'historien conservateur Fedérico Suárez.
Une troisième voie, très présente en terme de nombre d'études, plutôt que de trancher entre les deux précédentes, choisit de raconter le plus minutieusement possible le patriotisme et la révolution à l'échelon local. Il suffit de répertorier le nombre de livres parus entre 1908 et 1912 à l'occasion du centenaire des événements pour mesurer la faveur rencontrée chez les érudits pour l'histoire de leur «petite patrie». Le localisme s'apparente plus à une hagiographie qu'à une véritable analyse des faits survenus et des discours énoncés dans tel ou tel lieu. Si ces ouvrages restent utiles pour nous c'est en raison de leur précision documentaire car la présentation de la période qu'ils proposent évite d'articuler les deux questions qui nous préoccupent. Pour leur auteur, d'une part, le patriotisme va de soi, d'autre part la révolution est positive si la ville qu'il étudie y a joué un rôle, sinon l'aspect révolutionnaire est à peine mentionné. Avec le développement récent des institutions régionales (les communautés et la «politique des autonomies»), on peut observer un regain d'intérêt pour l'histoire des provinces espagnoles généralement financée et éditée par elles. En recentrant la recherche sur les événements locaux, ces études veulent sortir du débat Artola / Suárez pour être attentif à la manière dont les Espagnols ont vécu la période. L'autre préoccupation, plus politique, est de faire apparaître les particularités régionales à la place des abstractions nationales. Bien souvent, le souci de description l'emporte sur celui d'analyse rendant très difficile toute synthèse basée sur la somme d'informations contenues dans ce type d'ouvrages. De cette «régionalisation de l'histoire», nous retiendrons son ambition de traiter l'ensemble de la réalité sociale, ambition pratiquement impossible à l'échelon national.
Le renouvellement des approches historiques n'est pas seulement lié aux progrès scientifiques, à l'affinement des méthodes ou à la formation des chercheurs, il est également le fruit de la conjoncture, de la relation de l'historien avec son temps. Ainsi, la rapide présentation des trois principaux courants historiographiques est principalement le reflet de trois moments de l'histoire récente de l'Espagne. Avec ironie, Andrés Gallego renvoie dos à dos les oppositions des libéraux et des conservateurs, les considérant comme un avatar des polémiques idéologiques de la seconde moitié du XXe siècle, aujourd'hui elles-mêmes objets historiques. Elles nous renseigneraient plus sur l'histoire culturelle et intellectuelle du franquisme que sur l'histoire globale de la Guerre d'Indépendance. Nous serons nécessairement amenés à revenir sur les débats qui ont agité les historiens de la période mais, pour l'heure, la préoccupation principale est de nous replacer en amont des divergences historiographiques, c'est-à-dire retrouver les événements eux-mêmes plutôt que le récit des mythes.

1808-1810 : la première étape de la révolution espagnole

La formule synthétique de Paul Veyne - un événement est ce qui ne va pas de soi - trouve dans l'Espagne de 1808 sa pleine signification. En effet, la réaction patriotique dans les provinces contre les abdications de la famille royale tout autant que l'élaboration d'un régime constitutionnel ne vont pas de soi. L'ampleur du refus de la situation créée par la politique de Napoléon Ier a surpris les contemporains, y compris les patriotes eux-mêmes. Le rejet des projets réformateurs napoléoniens par une grande majorité d'Espagnols admirateurs des Lumières françaises a étonné. En 1810, la rupture juridico-politique introduite par les Cortes constituantes de Cadix a paru tout autant inimaginable en regard des dernières années de ce qu'on a appelé dès lors l'Ancien Régime espagnol. Mais, ce qui ne va encore moins de soi est que ces événements se sont produits dans un laps de temps très court et ont été menés par les mêmes acteurs alors qu'ils paraissent de nature antagoniste ainsi que l'ont révélé leurs interprétations divergentes. Dépasser cette opposition tout en prenant la mesure des paradoxes, c'est essayer de penser les deux termes comme imbriqués, enchaînés et non pas juxtaposés.
Le processus révolutionnaire n'est pas seulement concomitant de la lutte armée contre les troupes napoléoniennes, il est une des expériences élaborées par les Espagnols en réponse à la situation de crise aiguë - au même titre, d'ailleurs, que la guérilla ou la collaboration (l'afrancesamiento). L'ensemble des formes prises par la résistance à la situation constitue un système, le système patriotique. Relèvent de ce système aussi bien les réactions à l'occupation française, le refus des abdications de la famille royale espagnole, le rejet du régime importé par Joseph Bonaparte, le maintien des structures profondes du pouvoir local, que la libération de la parole politique, la publicité des affaires de l'État, la participation des Espagnols à la vie politique à travers les élections, la proclamation de la souveraineté nationale et l'élaboration d'une constitution dite libérale.
Un système donc, c'est-à-dire un ensemble de relations entre des agents, que nous devons identifier, utilisant des procédures que nous devons expliquer. Ce système se met en place à la fin du printemps 1808 sans avoir été pensé à l'avance. Il se développe et évolue au fur et à mesure que les patriotes expérimentent des solutions à la crise. Il n'est donc pas linéaire : la réalisation de la révolution libérale à partir de 1810 n'est pas préparée par le soulèvement patriotique de 1808. Pourtant, en analysant les différents éléments en jeu dans le système nous pouvons comprendre le parcours qui mène de l'un à l'autre. Cet ouvrage s'attache en particulier à démonter le système tel qu'il fonctionne pendant ces deux années cruciales. Ensuite, après 1810, la problématique change car la révolution se déroule de manière plus autonome.
Première tâche : observer la mise en place du système, c'est-à-dire déterminer à partir de quel événement la problématique patriotique s'élabore. Bien plus que l'occupation du nord de l'Espagne par les troupes napoléoniennes en transit vers le Portugal allié de l'Angleterre, on s'accorde à considérer que les abdications de la famille royale en faveur de Napoléon Ier, puis de celui-ci en faveur de son frère Joseph, sont le déclencheur de la réaction patriotique. Refusant ce changement dynastique, une partie des Espagnols se retrouve dans une situation d'acéphalie, sans souverain et sans gouvernement. Ils décident de prendre les armes pour récupérer leur roi et tentent d'organiser un pouvoir rival de celui installé par les Français. Successivement, gouvernent les patriotes des juntes provinciales puis la Junte centrale (septembre 1808 - janvier 1810) et le Conseil de régence (janvier - octobre 1810) - doublé par une assemblée représentative et constituante ouverte au mois de septembre, les Cortes extraordinaires de Cadix, le tout sur fond de guerre contre l'empire français et d'alliance avec l'Angleterre.
La crise dynastique entraîne une profonde rupture de l'ordre politique. En effet, les abdications de Bayonne sont totalement inédites dans l'histoire de l'Europe moderne : jamais une dynastie n'a été forcée de céder ses droits à un autre prince. Par ce premier fait, on assiste à une rupture patente pour la monarchie espagnole: ce qui tenait le régime n'existe plus. La façon dont elles se sont déroulées les rendent encore plus scandaleuses et ajoute au trouble qu'elles provoquent chez les Espagnols (mais également chez les autres gouvernements européens). Il faut prendre toute la mesure de ce traumatisme politique. Autant l'abdication d'un souverain pour un autre membre de sa famille ne provoque aucune crise mais vient plutôt régler une crise antérieure, autant celle de toute la famille Bourbon d'Espagne déclenche, outre la guerre, la disparition du régime. À sa place, Napoléon fait adopter une constitution monarchique. Les patriotes, tout en se référant à la famille royale sont obligés d'inventer un nouveau régime puisque l'autre n'existe plus. L'aboutissement de la recomposition politique dans le camp patriote peut être considéré comme la Constitution de Cadix de 1812. Il est donc tentant de penser que la guerre et l'acéphalie créent une conjoncture propice à un changement politique. L'explication est insuffisante car elle repose sur une présupposée évidence de la révolution. L'inédit de la situation ne permet pas d'affirmer qu'une seule solution pouvait s'imposer, surtout pas celle de la révolution dans une Espagne considérée par les observateurs du temps comme archaïque. La stricte logique nous ferait même dire le contraire car la réaction contre les abdications peut s'entendre comme la volonté de garder le système antérieur ou du moins de refuser la nouveauté importée par la France.
Nous ne pouvons pas nous satisfaire de constater l'ambivalence du système patriotique (entre conservatisme et modernité). Nous devons comprendre ce que révèle cette ambivalence. Dans une société d'Ancien Régime qui subit une crise dynastique sans précédent, que signifie se référer à la patrie? Avant tout, une réaction identitaire basée sur l'histoire d'une communauté dont la cohérence repose sur son souverain. Ce serait le versant «conservateur» au sens où les Espagnols cherchent à conserver leur identité. Mais, quand nous nous référons au patriotisme lui-même, une dimension nationale intervient. Ce serait le versant «moderne» au sens où les Espagnols élaborent une nouvelle définition de la nation pour échapper à l'aberration politique qu'ils subissent. Plutôt que de parler d'ambivalence, nous préférons parler des deux phases d'un même mouvement.
Ce qui est certain, c'est qu'en refusant les abdications, les patriotes se plongent dans une situation d'incertitude majeure qu'il faut bien garder à l'esprit.

L'horizon incertain

L'enchaînement des actions et des discours entre les abdications du mois de mai 1808 et la proclamation de la souveraineté nationale ne se produit pas simplement selon une logique propre. En effet, évitant toute histoire «intellectualisante» qui ferait abstraction des individus au profit d'idées ou de concepts développés d'une manière autonome, nous nous efforçons de percevoir la réaction des acteurs aux perturbations introduites par les événements. Si nous admettons qu'il n'y a pas d'évolution historique déterminée, si nous prenons en compte le caractère discontinu des pratiques sociales et politiques, alors nous sommes face à des hommes qui réagissent à telle ou telle situation de la manière qui leur paraît la plus adéquate. Leurs actions sont orientées par des perspectives perçues comme possibles et non pas d'une façon strictement linéaire. Certains choisissent de suivre Napoléon et de servir son frère Joseph car ils estiment que leur propre salut et celui de l'Espagne passent par la collaboration avec les Français. D'autres s'engagent contre l'empire napoléonien comme si le risque de l'affrontement était moins grand que celui de la soumission. À l'intérieur de chaque camp, qu'il est trop facile d'opposer systématiquement comme nous le verrons au cours de l'étude, les positions ne sont pas identiques. Un aristocrate de Murcie n'entre pas en résistance comme un négociant de Cadix. Un employé de l'administration ne collabore pas pour les mêmes raisons qu'un membre de conseil municipal. Ces différences ne se résument pas à des questions d'intérêts sauf si on entend par intérêt la volonté d'assumer ses responsabilités le plus en accord possible avec les valeurs de son groupe, de sa famille et de sa personne. Ces différences sont produites par le niveau d'intégration et le pouvoir d'action de chacun. De plus, pendant la période, la guerre ajoute un élément perturbateur à la perception de la réalité. Le sort des batailles n'est jamais connu à l'avance. Ce qui donne de l'espoir aux combattants mais insinue le doute dans toute construction de stratégie, militaire bien sûr, politique aussi. Le principe d'incertitude renvoie à une «zone d'imprévisibilité» à l'intérieur de laquelle tout comportement doit tenter de s'organiser. Pour agir, il faut savoir et pour gouverner, il faut prévoir. Dans ces limites seulement, un système peut développer une logique. Pour la saisir, nous devons connaître les informations à la disposition des acteurs et les projections qu'ils peuvent tenter.
L'étude des événements, au sens de moments historiques différenciables d'autres, implique la recherche des conditions de leur réalisation. Le temps court de l'événement renvoie aux structures historiques d'un temps plus long qu'il contient nécessairement en raison des liens qu'il entretient avec toutes les combinaisons possibles à la disposition des acteurs. Comme point de départ, nous pouvons faire apparaître les structures sur lesquelles s'appuient les relations entre groupes d'acteurs. Elles sont implicitement perçues par eux et déterminent leur capacité d'agir. L'étude du gouvernement des patriotes nous amène à repérer les différentes autorités en place et leurs rapports de force. L'étude de leur discours nous amène à cerner leur imaginaire politique et ainsi appréhender leurs projets. L'attention à la conjoncture, en particulier militaire et sociale, est nécessaire pour décoder les actions de chacun.
Afin de suivre ces trois directions principales, nous posons les acteurs comme au centre du système. Pour comprendre l'organisation de l'exercice du pouvoir par les patriotes et le processus révolutionnaire qu'ils mettent en ouvre, il ne s'agit pas de démonter une logique que les textes qui jalonnent la période expliqueraient mais de rechercher les différentes modalités qui permettent aux acteurs de penser la modification des formes politiques. Leur identification est donc essentielle et certainement pas seulement en prêtant attention à leurs discours ou en se focalisant sur quelques leaders leur donnant la responsabilité d'un processus qu'ils ne peuvent contrôler que partiellement. Cerner les acteurs, collectifs, individuels, formels ou informels revient à saisir la manière dont le social fait de la - fait le - politique. Un des objectifs de cette étude est d'en suivre, avec le plus de précision possible, les différentes manifestations. Formulé d'une autre façon, il s'agit de comprendre l'engagement des différents acteurs dans les événements selon leur propre position antérieure et leur propre projection. Des trajectoires se rejoignent, elles constituent l'armature du système.
Ce qui vaut pour les Espagnols des années de la Guerre d'Indépendance se vérifie pour les historiens de la période. L'incertitude liée aux degrés de connaissances des informations et aux performances de l'outillage mental qui permet de les lire se retrouve pour l'observateur qui vient étudier les événements longtemps après qu'ils se sont déroulés. Les traces que nous possédons du système patriotique sont multiples mais elles ne sont pas nécessairement celles que nous souhaiterions trouver en fonction de nos questionnements. C'est le propre de l'enquête historique. Il faut souvent procéder de manière indirecte en jouant sur les effets de miroir que recèle la documentation conservée. À la base de toute recherche, il y a comme une insatisfaction : absence de réponses valables ou perplexité face aux solutions proposées. Pour l'enquêteur, elle signifie un travail à la source, aux sources, pour les historiens. Ce travail, je l'ai effectué pendant les années de préparation de ma thèse dont ce livre est issu. Il m'a amené dans les archives, pas seulement centrales le plus souvent exploitées, mais locales, municipales et provinciales, où les actes et les correspondances officielles qui présentent les effets concrets des bouleversements se lisent de manière plus ou moins explicite. De même, il m'a amené à consulter les collections des innombrables imprimés patriotiques, pas seulement pour chercher les textes majeurs toujours systématiquement cités, mais pour prendre la mesure de la signification d'une telle masse d'écrits. La volonté d'érudition, au sens de la multiplication des sources d'informations, vise à limiter l'incertitude interprétative. Elle ne l'abolit pas. Il en ressort une plus grande complexité des phénomènes du fait de la réapparition sur la scène de tous ces acteurs qui avaient été souvent occultés derrière les idées générales.
Si cette introduction se veut programmatique, la conclusion sera des plus prudentes.

 

Conclusion

De la patrie à la nation,de la nation à la révolution

L'émeute d'Aranjuez qui met fin au gouvernement du favori Godoy et qui place sur le trône Ferdinand VII clôture une période pendant laquelle, à titres divers et contradictoires, les Espagnols ont l'impression de vivre une décadence. La soumission diplomatique aux vues de Napoléon, l'arrêt des expériences réformatrices engagées lors du règne de Charles III et au début de celui de Charles IV, la mise à l'écart d'une partie de l'aristocratie mais aussi le durcissement de la pression fiscale pour régler la crise financière ont exacerbé les oppositions contre celui qui en est tenu pour responsable. Avec la chute du favori, s'ouvre un autre temps pour la monarchie espagnole, d'une part en raison des modalités de cette chute - la participation populaire est apparue déterminante pour faire plier Charles IV, d'autre part en raison de la mission dont le nouveau souverain, Ferdinand VII, est investi - restaurer l'indépendance diplomatique de l'Espagne, redonner une place aux aristocrates écartés des conseils, poursuivre l'ouvre réformatrice. L'élément déclencheur de l'émeute a été la rumeur du départ de la famille royale pour les Amériques qui faisait craindre la disparition de la tête du royaume et l'appropriation de l'Espagne par Napoléon. Mais, au mois de mai 1808, les abdications des membres de la dynastie des Bourbons d'Espagne n'ont pu être évitées par leurs sujets.
Le pays est alors déjà aux mains des Français qui contrôlent à Madrid le gouvernement central. Dans les villes soumises à la présence française, les autorités collaborent, de gré ou de force. Ailleurs, la réaction patriotique se base avant tout sur la dimension dynastique parce qu'elle représente, plus que le problème de la présence militaire française, une perte de l'identité représentée alors par le roi. Ainsi, dans toutes les provinces qui ne sont pas directement sous domination impériale et dans les possessions d'outre-mer, on assiste à des manifestations de rejet contre les abdications au nom d'un roi, d'une patrie et d'une religion à défendre - pour reprendre les termes de la trilogie patriotique.
L'impression de se retrouver orphelin est la meilleure manière de rendre compte du trouble communiqué à l'ensemble de la population. En effet, les émeutes patriotiques doivent plus à la perception parmi la population d'un danger, d'une fracture intervenue menaçant l'équilibre de la communauté que de la revendication d'une particularité espagnole que l'occupation française étoufferait. Elles relayent finalement le trouble engendré chez ses chefs par une situation aberrante et inédite: le changement imposé par la force du souverain et de sa famille. D'elle pourrait surgir l'anarchie au sens du chaos, monstruosité politique pour les hommes de ce temps. Dans les régions dominées par les Français, l'anarchie est contenue par le maintien des liens de sujétion. Les afrancesados coopèrent pour conserver l'ordre. Dans les autres régions, le chaos est une menace concrète.
La réaction patriotique n'a pu être possible que par la mobilisation d'une suffisante partie de la population sachant que les résistances à l'occupation napoléonienne tentées par certains Espagnols à Madrid lors du 2 mai 1808 ou d'une façon plus limitée dans d'autres villes n'ont pas réussi à provoquer un mouvement généralisé de refus. La spontanéité supposée du soulèvement patriotique doit être reconsidérée en fonction des détails chronologiques et factuels que la documentation permet de repérer mais aussi en fonction du résultat auquel il aboutit. Dans un pays où l'opinion publique n'existe pas encore, où la participation des populations à la vie politique reste limitée, un tel mouvement de défense du roi détrôné ne peut que surprendre. L'attachement affectif à sa personne, même en considérant l'investissement politique dont a fait l'objet Ferdinand VII par une partie de l'élite, ne suffit pas à expliquer le phénomène.
Plutôt que de s'étendre sur les caractéristiques du patriotisme comme si son contenu expliquait de lui-même l'adhésion de la population, l'étude de l'organisation politique du camp patriote, les juntes provinciales, permet de mieux saisir les modalités de l'engagement. L'élément populaire présent lors des manifestations de foule n'est pratiquement pas représenté. Il ne s'agit donc pas d'un renversement de l'ordre social selon le schéma d'élites frileuses ou collaborationnistes et d'un peuple entreprenant, courageux et profitant de l'occasion pour se défaire de ceux qui le dominaient. Dans plusieurs cas, il est possible de mettre en évidence le rôle joué par les partisans de Ferdinand VII, essentiellement des membres des grandes familles aristocratiques évincées du pouvoir pendant le «règne» du favori Godoy. Dans la plupart des autres cas, ce sont les hommes du patriciat qui prennent en main les opérations. La certitude d'un soulèvement dirigé et organisé par ceux qui ont intérêt à refuser les abdications de Bayonne n'est pas totale mais des plus probables. Le groupe des fernandins, dont les leaders actifs seraient le comte del Montijo, le comte de Tilly, José Palafox et leurs alliés, apparaît comme l'initiateur car il a mobilisé ses troupes dés avant le mois de mai 1808. Mais, l'ensemble du patriciat et plus largement de l'élite locale réagit d'une manière identique. Y compris de l'autre côté de l'Atlantique, même si la réaction des élites ne se concrétise pas par la formation de juntes en raison de la force du système d'obédience colonial.
Que les patriotes se soient déterminés pour la solution des juntes n'est pas un hasard ou une nécessité pragmatique, pas plus que le signe d'un complot. L'érection des juntes montre à quel point est restée vivace la perception de la monarchie espagnole comme un ensemble de communautés historiquement identifiables s'étant données un même souverain. La première réaction aux abdications est le retour aux fondements de la «monarchie plurielle» telle qu'elle est considérée s'être constituée avant même l'arrivée des Habsbourg en Espagne. Le terme junte lui-même ne signifie pas seulement la réunion des différentes autorités pour résoudre un problème particulier mais désigne aussi l'assemblée des Cortes en l'absence du roi. La réactivation des autorités locales traditionnellement représentantes de la communauté est une des marques particulières du soulèvement patriotique : les institutions forales comme la Junte générale des Asturies, les Cortes d'Aragon, les Cortes fictives du royaume de Galice ou bien les corps municipaux. Les anciens royaumes réapparaissent comme structure de base de la monarchie pourtant à cette époque représentée en priorité par son chef, le roi. L'absence du roi et le refus du changement dynastique poussent les patriotes à utiliser les autres instances organisatrices de la société pour éviter l'anarchie. La doctrine pactiste, revisitée par les patriotes, offre des arguments juridiques et historiques pour justifier le droit des communautés à prendre en main leur destin.
Une question reste pourtant difficile à résoudre lorsque l'on suit cette référence au pactisme: une fois les juntes établies, ni les institutions forales, ni les corps municipaux ne maintiennent leur position. Les Cortes d'Aragon ne sont réunies que pour élire la junte du royaume ; les Cortes de Galice se résument à la formation d'une junte ; la Junte générale des Asturies est fondue au sein de la junte suprême de la principauté, pour ne reprendre que les exemples cités. En Castille et León, il n'y a pas d'entente au sujet des Cortes et les corps municipaux font le plus souvent les frais de la recomposition politique au sein des capitales de province. Ainsi, ce que nous appelons la révolution patricienne, à savoir la prise du pouvoir par les oligarchies locales à la fin du printemps 1808, n'aboutit pas au renforcement des institutions traditionnelles qu'elles contrôlaient. Les municipalités, restées en place après la formation des juntes, perdent une grande partie de leurs attributions transférées à ces dernières. Nous avons vu des regidores attaqués (y compris physiquement) et/ou exclus des juntes provinciales dans les semaines qui suivent le soulèvement. D'une façon paradoxale, les corps municipaux sont les grands perdants de cette révolution patricienne alors qu'en grande partie ils ont été les noyaux autour desquels se sont construites les juntes. Dans la monarchie espagnole ils étaient les seuls intermédiaires entre le roi (ou ses représentants) et ses sujets. Leurs membres se prévalaient de la représentation «naturelle» de la communauté surtout depuis que les Cortes de Castille ne furent plus régulièrement convoquées. Aux dernières Cortes, celles de 1789 qui se déroulèrent quelques mois après la réunion des États généraux à Versailles, les députés des villes ont fait preuve d'une grande passivité face au souverain alors que nombre d'observateurs pensaient qu'ils tenteraient une évolution à la française. Nous savons par ailleurs que du fait de la patrimonialisation des charges de regidor, les municipalités sont le lieu d'intrigues locales, de rivalités familiales et clientélaires avec lesquelles le roi et ses représentants jouent pour s'assurer leur docilité. Il serait nécessaire d'approfondir notre connaissance des corps municipaux à la fin de l'Ancien Régime pour comprendre mieux le discrédit, parfois manifeste, parfois implicite dont ils sont l'objet et qui conduit à les évincer de l'échiquier politique.
Cette question ne peut être résolue à l'aide de réponses importées qui expliqueraient la relégation des municipalités par l'émergence d'un nouveau groupe social qui se rendrait maître de la ville. La crise de l'Ancien Régime en Espagne n'annonce pas une révolution sociale au sens où une catégorie sociale exclue du pouvoir renverserait l'ordre politique à son profit, mais ouvre un processus de redistribution des équilibres politiques entre les différents groupes déjà au pouvoir. Le soulèvement patriotique et l'instauration des juntes, qui ne modifient pas l'ordre au sein de la société, sont un moment d'accélération de ce processus. Au rythme lent des conflits juridiques entre différents membres de clientèles rivales, aux longues négociations sur la répartition du pouvoir local, succèdent le temps court de l'événement qui surprend. Dans la précipitation, des solutions contradictoires peuvent être expérimentées. De plus, le pays est en guerre. Les aléas des opérations militaires déstabilisent les autorités. Des territoires sont successivement dominés par les patriotes puis par les troupes napoléoniennes. L'énergie et l'attention que nécessite l'affrontement armé détournent ou retardent l'organisation politique. Les afrancesados, trop occupés à tenir le terrain et dépendants des troupes napoléoniennes, ne peuvent appliquer leur programme de modernisation. Les défaites des patriotes empêchent la réalisation rapide de certains projets comme la convocation des Cortes. Enfin, autre conséquence de la guerre, le désordre. Les relations sociales sont perturbées : la guérilla apparaît comme une zone de non droit ; les villes et les villages proche des opérations militaires sont dévastés provoquant la fuite d'une partie de la population.
Les circonstances tendent à accentuer les tensions issues du contexte local précédent. La crise est générale et nationale. C'est là qu'inter-viennent la dimension de rupture de l'événement et la puissance d'accélération de la conjoncture. Les municipalités sont laissées de côté parce qu'elles ne répondent pas à ce que les acteurs recherchent. La représentation «naturelle» de la communauté que revendiquaient les regidores ne correspond pas à celle que la situation demande. En effet, en 1808, le souverain manque et les municipalités, pas plus que les institutions forales, n'ont cette qualité. La force du principe des juntes suprêmes, qui éclipse du coup les solutions traditionnelles, est de proposer une souveraineté appuyée sur la représentation de l'ensemble du corps politique englobant le roi lui-même sous la formule d'organe provisoire de gouvernement chargé de conserver les droits de Ferdinand VII. Formule inédite, elle oblige ses promoteurs à l'argumenter sans cesse. En contrepartie, elle est sujette à contestation et à modification. Les contestations proviennent aussi bien des Espagnols afrancesados qui soutiennent le gouvernement de Joseph Bonaparte que des corps municipaux écartés. Les modifications sont dues à l'interprétation divergente des arguments.
La justification principale ne peut être l'argument de légalité. Les lois de la monarchie n'indiquent nulle part la réponse à donner à une telle situation. La doctrine pactiste n'y est pas inscrite même si certains auteurs du début du XIXe siècle la repèrent implicitement dans certains vieux codes du Moyen Âge. Elle sert d'argument historique pour montrer que les patriotes ne font pas une révolution à la française. L'argument sur lequel repose le système est celui de la légitimité. L'établissement d'un pouvoir supplétoire à celui de Ferdinand captif en France oblige à recourir à un autre mode de légitimation, historiquement inscrit dans la vie politique de la monarchie : le - ou plutôt les - royaume(s), c'est-à-dire l'ensemble des sujets organisés en corps. Il était légitime de refuser les abdications, il est légitime d'organiser un gouvernement de défense. Pour ce faire, il est légitime de récupérer la souveraineté. L'ordre politique perturbé par les abdications de Bayonne est reconstitué à partir de la société elle-même avec la récupération de la souveraineté opérée par certaines personnes représentant légitimement le royaume. La source fondamentale de cette légitimité est l'assentiment de la communauté dont peuvent se prévaloir ceux qui prennent en charge la résistance. Le discours patriotique le répète à longueur de proclamations. La place donnée au peuple au sein de cette reconstitution verbale du soulèvement vise à le convaincre lui-même. Mais, si le peuple c'est tout d'abord l'ensemble de la communauté dans le langage habituel des autorités, une évolution se dessine vers une acception plus sociale du terme. Les juntes s'appuient, dans le discours, sur la partie la plus nombreuse de la population dont l'accord et l'action poussent les autres catégories à reconnaître le patriotisme comme une évidence.
Parallèlement, apparaît une dimension nationale totalement nouvelle en Espagne, née de l'identité à travers toutes les régions soulevées des manifestations du patriotisme. Effet paradoxal de l'éclatement territorial du patriotisme, les Espagnols réalisent qu'ils fonctionnent d'une manière identique, qu'ils partagent les mêmes types de valeurs et les mêmes revendications. Étant à l'écoute de ce qui se passe dans les provinces voisines, ils apprennent tous que le patriotisme se manifeste partout de la même façon. La presse, périodiques et brochures diffusés à travers la péninsule et même au-delà de l'Atlantique, joue un rôle primordial dans la prise de conscience que les patriotes se battent pour une idée de la nation espagnole qui dépasse les limites des provinces ou des royaumes. Pour la première fois dans leur histoire, les Espagnols sont amenés par le discours patriotique à se penser en nation unitaire et non plus en réunion de communautés historiquement et juridiquement définies. Cette modification de la perception des liens d'appartenance explique en grande partie la mise à l'écart des institutions représentatives provinciales. Les membres des juntes s'engagent dans ce mouvement unitaire et s'appuient sur lui pour affirmer une fois de plus le bien fondé de l'autorité qu'ils exercent. Ainsi, les juntes suprêmes ne peuvent pas être considérées sous l'angle du fédéralisme car jamais elles n'ont cherché à instituer la fragmentation première du pouvoir ou à produire une norme provinciale particulière. Au contraire, leurs membres sont les artisans de la construction d'un État national par l'intermédiaire de la réunion de la Junte centrale puis de leur soutien aux Cortes constituantes de Cadix.
Pour s'en convaincre, reprenons le processus de formation d'un pouvoir central. Les juntes suprêmes exercent leur pouvoir en représentation de celui du roi ainsi qu'en représentation de la communauté, alors, la souveraineté du roi est comme segmentée à travers les différents territoires. Cette division est incompatible avec le but recherché. Outre le pragmatisme qui guide le mouvement de réunion des autorités patriotiques en un gouvernement central, la logique politique mène à la création d'un pouvoir unique représentant l'ensemble de la monarchie (roi et royaumes). La Junte centrale, issue de l'entente des membres des juntes suprêmes, est le gouvernement de toute la nation, au nom du roi empêché de régner. Entre 1809 et 1810, la thématique nationale se fait de plus en plus présente car elle apporte la justification générale de tout ce qui se décide. L'assentiment supposé de la nation est la garantie des droits du gouvernement à exercer la souveraineté, de la même façon que l'assentiment du «peuple» des villes soulevées légitimait la récupération de la souveraineté par les juntes provinciales. La référence au roi, si forte au début de la période s'efface relativement. La durée de son absence, de son empêchement à régner, est telle que les patriotes ne peuvent plus présenter leur pouvoir comme un simple emprunt en attendant son retour. Ils doivent affirmer qu'ils sont aptes à diriger le pays par eux-mêmes et pour eux-mêmes. C'est dans ce sens que l'on peut mieux comprendre la décision de convoquer des Cortes extraordinaires qui proposeraient, par l'intermédiaire de représentants de la nation, la forme de gouvernement des patriotes.
Le processus de la convocation de l'assemblée a pour base le besoin d'assurer la souveraineté sur un accord général et se déroule en suivant les débats concernant la nature de la représentation nationale et ses attributions.
Devenue source unique de légitimité, la nation devient l'impératif de toute représentation. De la même façon que pour celle du peuple, la définition de la nation évolue entre 1808 et 1810. Le terme qui était synonyme de royaume tend de plus en plus à désigner l'union des habitants sous un même gouvernement. La patrie, comme fondement identitaire, devient nation quand on insiste sur ses droits plutôt que sur son origine. Sous-jacent, nous retrouvons le concept révolutionnaire français de nation. Certains auteurs de la presse patriotique s'en font l'écho, sans jamais avouer leurs références. Ils diffusent et familiarisent leurs compatriotes à l'idée d'une nation à bâtir selon les règles de la volonté générale exprimée par l'opinion publique puis par l'intermédiaire de la représentation politique.
Nous devons insister une fois de plus sur ce moment capital de l'histoire de la révolution espagnole : la mise en place d'une sphère publique, certes limitée en nombre de personnes concernées mais porteuse d'une dynamique nouvelle. Elle se constitue d'abord par la presse. Ce n'est pas tant l'inflation des impressions de textes patriotiques à partir du mois de juin 1808 que la mise à disposition des lecteurs d'informations politiques qui fait de la presse le moteur de la formation de l'opinion publique. Les juntes provinciales encouragent la publication des nouvelles, elles utilisent les journaux pour manifester leur vision de la situation. Bien qu'il s'agisse avant tout de propagande, ce type de publication maintient parmi les lecteurs une attention vis-à-vis de la politique. La publicité des affaires du gouvernement, avant d'être une revendication du public, est instaurée par les responsables de l'autorité. La Junte centrale procède de même, informant les patriotes régulièrement sur l'évolution des événements et justifiant ses actes par l'intermédiaire de proclamations largement diffusées. Étape fondamentale, l'ouverture au public des questions politiques permet l'élargissement des lieux de débats, non plus cantonnés à la sphère restreinte des gouvernants. L'information peut être discutée, commentée, les solutions peuvent être confrontées. L'opinion publique peut se former. Certains auteurs de la presse patriotique ont vite mesuré l'opportunité de cette ouverture. Leurs journaux deviennent un de ces nouveaux lieux de débats. Ils introduisent parmi les patriotes un des éléments essentiels de la modernité : la discussion publique et rationnelle des affaires politiques. Ils proclament que chacun a le droit d'exprimer un avis sur les questions de gouvernement et de connaître l'avis des autres et finalement que chacun a la possibilité de peser sur lui. Avec la presse politique et son travail de pédagogie de la modernité, les relations entre les Espagnols et les autorités se modifient. La publicité remplace la confidentialité des affaires du gouvernement, l'information écrite remplace l'aléa de la rumeur, le débat rationnel remplace l'émotion. Pour les lecteurs, qui constituent le nouveau public, apparaît la conscience qu'ils proposent une alternative aux instances représentatives traditionnelles (municipalités, ordres privilégiés, institutions forales), celle de la représentation non plus des corps mais des individus. L'opinion publique qu'ils sont persuadés de représenter est l'expression de la volonté de la nation. L'impératif national découlant de la problématique des dirigeants patriotes à la recherche d'une légitimité incontestable et l'apprentissage de nouveaux concepts politiques par la presse d'opinion, posent la question du pouvoir de la nation.
Présenté ainsi par les acteurs de l'époque, le problème est résolu en énonçant que la nation peut tout. Dans les possessions d'outre-mer, la nouvelle définition de la nation provoque des effets contradictoires. Se considérant membres à part entière de cette nation, les Américains espagnols ne comprennent pas pourquoi ils ne sont pas intégrés d'une façon égale à sa représentation. Le maintien d'une subordination des Américains vis-à-vis des péninsulaires leur semble contraire au discours qu'ils leur diffusent. Dans plusieurs régions d'Amérique, une partie de la population en conclut que si nation il y a, elle se construit sur place et d'une manière autonome, renversant les arguments exportés par la presse politique péninsulaire. Le relatif oubli de la dimension américaine de la nation par les péninsulaires provoque une nouvelle crise qui dans un premier temps affecte peu le processus révolutionnaire mais qui est lourde de conséquences pour le destin de l'empire.
Concentrés sur le mouvement qu'ils influent, les partisans de la révolution développent à la fois une tactique astucieuse - être recrutés dans les différents bureaux chargés de préparer les Cortes pour contrôler l'orientation des débats au sein de la Junte centrale - et une stratégie ambitieuse - récapituler logiquement les conclusions des réflexions menées sur la légitimité d'une nation à se prendre en main sans son chef. La presse d'opinion qu'ils dirigent en est le moyen. La souveraineté nationale décrétée par la majorité des députés des Cortes n'est pas le fruit d'une excitation collective et soudaine, que certains ont pu mettre sur le compte de l'échauffement conjoncturel, mais le premier aboutissement d'un travail de fond des patriotes qui, s'apercevant qu'ils peuvent exercer l'autorité suprême alors que leur souverain est absent, cherchent les fondements de ce pouvoir.
C'est alors que commence la seconde phase de la révolution espagnole. Elle correspond à l'élaboration d'une nouvelle constitution de la monarchie par l'assemblée des Cortes de Cadix. La constitution de 1812, qui deviendra un modèle pour les libéraux européens et américains du XIXe siècle, a été discutée dans un microcosme particulier, celui d'une ville assiègée où ont afflué de nombreux responsables politiques patriotes en plus des députés et du gouvernement. L'atmosphère particulière de Cadix a été maintes fois mise en valeur et à juste titre. Au printemps 1810, elle vit en grande partie à l'heure de la modernité politique, avec sa presse d'opinion, avec ses lieux de sociabilité où se débattent la question des Cortes nationales. Le décalage est important avec le reste de l'Espagne patriote plus occupé à lutter contre les troupes napoléoniennes. Décalage en terme de préoccupation mais aussi décalage en terme d'évolution de l'imaginaire politique. Ce second décalage est certainement plus important pour les années qui suivent. En effet, la modernité pénètre largement les acteurs présents à Cadix et touche également les quelques lecteurs de la presse d'opinion dans les autres provinces mais demeure totalement étrangère au reste de la population. Il suffit d'étudier la différence entre les élections dans les provinces et celles des suppléants à Cadix ou celles d'une grande ville, foyer important de culture comme Valence, pour prendre la mesure de cet écart.
Le problème des écarts pose la question des intermédiaires et des médiateurs. La constitution libérale de Cadix est élaborée pour s'appliquer à une société restée traditionnelle, c'est-à-dire fonctionnant selon des arbitrages successifs entre différents groupes sociaux structurés en corps possédant privilèges et identité juridique collective. Les députés constituants réalisent la théorie moderne qui fait du souverain la source unique de la loi. Le système libéral que l'on instaure en 1812 n'est pas compatible avec l'Ancien Régime. Le plus souvent, il n'a été analysé que pour lui-même à l'aide des textes qui l'ont décrété. Prenant l'exemple de la justice, Francisco Tomás y Valiente proposait d'aller étudier au plus près du droit ordinaire la manière dont les magistrats réagissent à la nouvelle législation. Il est certain que le décalage entre la norme de Cadix et les pratiques anciennes explique la difficile construction de «l'État libéral». L'étude des élections est un autre moyen d'approcher cette articulation entre modernité et tradition.
L'identification des médiateurs, dont le rôle ne peut que se renforcer pendant et après les Cortes de Cadix, permettrait de mieux comprendre l'originalité de la révolution espagnole et de suivre les différentes formes de la pénétration de la politique moderne. Elle aiderait également à renouveler la thématique du caciquisme si présente dans le monde hispanique, qu'il soit européen ou américain.
Entre 1808 et 1810, nous avons cerné plusieurs de ces hommes qui ont rendu possible la révolution. Des intermédiaires entre la population et la nation que sont les membres des juntes et les députés aux Cortes de Cadix. Des médiateurs de la modernité que sont principalement les auteurs de la presse patriotique politique et les hommes qui travaillent à la convocation des Cortes. Parmi ces médiateurs, peu de représentants de la catégorie sociale intermédiaire, les bourgeois, sauf dans une certaine mesure à Cadix. La plupart d'entre eux appartient au monde des élites d'Ancien Régime. Dans les provinces, les aristocrates «éclairés» sont nombreux aux côtés des dirigeants politiques locaux de la monarchie. Auprès du gouvernement central, un groupe d'agents de l'administration et d'hommes de lettres se distingue aux côtés des responsables nationaux de l'autorité. Certes, ils sont pour la plupart issus des catégories inter-médiaires mais c'est par leur savoir, leurs compétences personnelles, qu'ils occupent cette place et non par leur origine sociale. Ces hommes, nous les avons vus à l'ouvre dans les différentes commissions préparatoires et dans les journaux d'opinion qui paraissent à Séville et à Cadix. Ils ont réussi à s'interposer entre le gouvernement et son public qui n'existe finalement que si on s'adresse à lui. Maîtrisant le nouveau langage appris de la France révolutionnaire, à l'écoute de ce que peut leur apporter le modèle anglais et capables de décrypter les problématiques du pouvoir, c'est comme s'ils possédaient une longueur d'avance par rapport au reste de la société. Dans la situation d'acéphalie de 1808, tout était à construire. Si au départ, ce sont surtout des vieux matériaux qui ont été utilisés, en 1810, de plus en plus de patriotes se prononcent pour l'invention d'un nouvel édifice, sur de nouveaux plans, avec donc de nouveaux matériaux. Ce sont eux qui occupent le terrain et qui influent sur la trajectoire. L'invention est possible parce que la tradition a déjà échoué.

 

Index

Les noms sont en gras, les lieux en italique

Abella, Manuel, 294, 296
Acevedo, Juan Ramón de, 258
Aguila, comte del, 86, 87
Aguirre, Pedro Antonio de, 322
Alava, 48
Albalat, baron de, 89, 148
Albarracín, 78
Albuquerque, duc de, 188, 189
Alcalá Galiano, Antonio, 130, 277
Alcalá Galiano, Vicente, 295
Alcántara, 23
Alcorcón, 123
Algésiras, 327
Alicante, 76, 147, 152, 173, 228
Allemagne, 22, 186
Allen, John, 280, 310
Almenara, marquis de, 56, 63
Almería, 76, 147, 152
Amatria, Carlos de, 166, 314
Andalousie, 71, 78, 96, 148, 149, 150, 189, 196
Andrés Gallego, J., 13
Angleterre, 21, 32, 64, 162, 180
Antillón, Isidoro, 266, 276, 277, 280, 296, 329
Antonio, infant don, 39, 69
Aragon, 62, 78, 79, 90, 93, 96, 150, 155, 196, 341
Aranda, comte de, 26, 106
Aranjuez, 28, 69, 167
Aranjuez, émeute d', 67
Arapiles, bataille des, 190
Areizaga, général, 189
Argüelles, Agustín de, 11, 278, 280, 297, 305, 310, 311, 328, 329, 330, 336
Arias Mon y Velarde, José Antonio, 297
Ariza, marquis de, 57
Arjona, 277
Arneva, marquis de, 45
Artola, M., 11, 70
Astorga, marquis de, 165
Asturies, 72, 75, 78, 149, 150, 175
Autriche, 186
Avalle, Manuel, 166
Avila, 47, 195
Ayamans, comte de, 148, 166, 262, 293, 298
Ayamonte, 244, 250
Aymes, J.-R., 107
Azanza, Miguel José de, 45, 56, 63

Bacaro
, Antonio, 212
Badajoz, 71, 72, 76, 82, 86, 96, 103, 147, 152, 155, 173, 190, 227, 334
Balanza, Miguel de, 166, 314
Bâle, traité de, 21, 133
Baléares, 78, 88, 148, 155, 175, 193, 197
Barcelone, 23, 25, 83
Bailèn, bataille de, 160, 183, 184
Bayonne, 33, 38
Bayonne, abdications de, 38, 76
Bayonne, assemblée de, 52, 81, 209, 285
Bayonne, constitution de, 53, 55, 209, 216
Beauharnais, vicomte de, 27, 32
Belliard, général, 38
Berthier, général, 25, 64
Bertrán de Lis, les frères, 94, 150
Bessières, général, 37
Betanzos, 224, 232, 233
Bidassoa, 23
Biedma, Francisco de,
Biscaye, 62
Blake, Joaquín, 183, 187, 204, 245
Blanco-Whithe, José María, 48, 93, 266, 276, 280, 297, 304
Blázquez Prieto, Gabriel Rafael, 305
Bogota, 217
Böhl Faber, Nicolas, 280
Bolibar, Julián de, 174
Bonifaz y Quintano, Lorenzo, 166, 289, 314
Bordeaux, 36, 39
Borrul, Francisco Javier, 327
Bosarte, Isidoro, 108
Bourbon, Cardinal, 332
Brésil, 23, 28, 208
Bruch, el, 183
Buenos-Aires, 209, 210, 213, 219, 263
Burgos, 23, 79

Cabarrús, comte de, 43, 56
Cabrera, la, 197
Cáceres, 71, 78
Cadix, 76, 78, 84, 86, 93, 147, 152, 160, 189, 197, 218, 239, 240, 246, 255, 280, 281, 327, 335
Caldera, Juán María, 334
Calvo de Rozas, Lorenzo, 156, 167, 244, 245, 266, 277, 279, 280, 288, 314, 315
Calvo, Baltazar, 84, 85
Campo Hermoso, comte de, 236, 237
Campomanes, Rodrigo de, 106
Campos, Clemente de, 236
Camposagrado, marquis de, 165, 166, 244
Canaries, 78, 164
Canga Argüelles, José, 267
Capmany, Antonio, 105, 108, 112, 124, 198, 277, 294, 298, 329, 334
Caracas, 209, 212, 218, 219, 262
Carillo d'Albornoz, famille, 148, 149
Carlos, infant don, 35, 39
Carmona, 227
Caro de Torquemada, Francisco Javier, 166, 293
Caro Sureda, José, 203, 204, 234, 327
Carolina, la, 189
Carrafa, Juán, 23
Carthagène, 76, 78, 81, 160, 172
Carthagène des Indes, 211
Cartwright, capitaine, 93
Castañedo, Francisco, 166, 293
Castaños, Francisco Javier, 72, 160, 163, 184, 185, 245, 247, 319
Castello, José, 327
Castellón de la Plana, 86
Castelvi, famille, 149
Castille, 78, 79, 83, 154, 157, 158, 183, 341
Castro, Ramón de, 204
Catalogne, 62, 64, 78, 83, 85, 90, 156, 175, 177, 183, 193, 196
Cava, Nicolas, 88
Ceán Bermúdez, 108
Ceballos, Pedro, 36, 39, 45, 56, 104, 285, 299
Cepero, Manuel, 277, 278
Cervantés, Miguel de, 107
Cervellón, comte de, 94, 148, 232
Cervera, 229
Cevallos, Fernando de, 106
Charmartín, décrets de, 59, 61
Champagny, 33, 36
Charles II, 37, 42
Charles III, 106, 257
Charles IV, 26, 29, 38, 133, 339
Charles Quint, 130, 132
Chili, 216
Cienfuegos, famille, 149
Cisneros, Baltazar Hidalgo de, 219
Ciudad Real, 232, 233
Ciudad Rodrigo, 76, 88, 190, 227
Conquista, marquis de la, 60, 203
Contamina, comte de, 148, 165, 314
Cordoue, 76, 78, 81, 152, 174, 184, 194
Cortes y Sanz, Manuel, 94
Cosi, Francisco, 281
Cuba, 209, 216
Cuenca, 327
Cuesta, Gregorio de la, 79, 146, 157, 158, 163, 183, 185, 187

Danemark, 171
Daoiz, Pedro, 66
Darmagnac, général, 23
Dedieu, J.-P., 144
Deslandes, 56,
Diez, Juan Antonio, 258
Dolarea, Alejandro, 306
Dou, Ramón Lázaro de, 332
Duhesme, général, 23, 174, 183
Dupont, général, 23, 160, 183, 184

Ebre, 32, 62
Escaño, Antonio, 245, 247, 319
Escoiquiz, Juan de, 26, 36, 39
Escorial, 27
Espinardo, marquis de, 148
Espoz y Mina, 176, 177
Estrémadure, 70, 155, 175, 190, 196
Etats-Unis, 309
Etrurie, royaume d', 39
Etrurie, reine d', 65, 66
Evêque d'Orense, cf. Quevedo, Pedro de,

Farge, A., 96
Ferdinand VII, 26, 29, 36, 38, 109, 285, 339
Fernández de León, Estebán, 70, 247
Ferri Pisani, 56,
Figueras, 24
Filangieri, Antonio, 82
Floréz Estrada, Alvaro, 11, 158, 278, 286, 306, 309, 329
Floridablanca, comte de, 26, 106, 143, 160, 162, 166
Fontainebleau, traité de, 21, 32
Fontes Abat, Antonio,
Forner, Juan Pablo, 106
Foronda, Valentín, 267
Francisco de Paula, infant don, 65, 66, 68, 69
François Ier, 130
Frere, John, 291
Frías, José de, "el Minimo", 197
Funes, Ignacio María de, 166

Galice, 155, 158, 175, 177, 187, 193, 224, 341
Gallego, Juan Nicasio, 74, 277, 294, 328, 330
Garay, Martín de, 167, 200, 245, 266, 279, 280, 293, 314, 317
García de la Torre, José Manuel, 166, 289
García Malo, Ignacio, 267, 277
Gérone, 76, 83, 147, 153, 174, 187
Gibraltar, 72, 160
Gil, padre, 95
Gimonde, comte de, 166, 314
Gispert, Gregorio, 298
Godoy, Manuel, 22, 26, 29, 32, 38, 88, 133, 257, 277, 340
Goya, Francisco, 66, 67, 73, 176
Goyeneche, José Manuel de, 212
Grenade, 76, 78, 81, 82, 87, 147, 152, 232, 235
Guadiana, comte de, 147
Guatemala, 216
Guerra, F.-X., 336
Guiomar, J.-Y., 139
Guiroga y Guindés, José, 233
Guttiérez Rave, Juan de Dios, 166

Habermas, J., 263
Heredia, Manuel de, 240
Hermida, Benito, 318, 332
Hernaiz Marín, Cipriano, 259
Hidalgo, Miguel, 220
Hijar, marquis de, 57
Holland, lord, 279, 289, 310, 334
Huelva, 71
Huerta, vicomte de, 148

Ibiza, 155,
Ile de León, 189, 247, 331, 332
Infantado, duc de l', 27, 163
Irún, 23, 69
Isturitz, Tomás, 317
Iturrigaray, José de, 212

Jacome, Adrián,
Jaén, 76, 78, 81, 86, 148, 152, 228
Jaurregui, Manuel de,
Jérez, 244
Jérica, 85
Jocano, Sebastián de, 167, 289
Jones, Felix, 240
Joseph Ier, 38, 53, - 64, 100, 105, 160, 189, 286
Jourdan, maréchal, 56
Jovellanos, Gaspar Melchor de, 56, 108, 134, 149, 165, 167, 244, 245, 280, 287, 290, 293, 296, 314
Junot, général, 23, 183
Junquera, 23

La Corogne, 76, 78, 82, 103, 147, 152, 155, 186, 225
La Havane, 211
La Manche, 326
Labad y Lasiera, Agustín, évêque de Barbastro, 303
Labrosca, José, 259
Laforest, comte de, 65, 93
Lamanon, Paul, 209
Laodicée, archevêque de, cf. Vera
Lardizábal, Manuel de, 297, 306
Lardizábal, Miguel de, 247, 319
Larrea, Francisca, 280
Lefebvre, général, 183, 195
León (ville), 76, 78, 152, 157, 225, 326
León (royaume) 158, 341
Lequerica, Mexía de, 198
Lérida, 78, 79, 89, 103, 156, 187, 193
Levant, 59, 78, 96, 150, 187
Lima, 210, 211
Liniers, Santiago de, 209, 212
Lisbonne, 23
Lista, Alberto, 44, 267, 270, 277, 296, 304
Llamas, Pedro de, 163, 185
Llano Ponte, Ramón, 95
Llorente, Antonio Higinio, 296
Llorente, Juan, 43
López de Morla, Margarita, 278, 280
Louis XIV, 37
Louis XVI, 106
Louis Bonaparte, 33
Lugo, 158, 224, 225
Luján, Manuel, 333

Madrid, 25, 29, 34, 61, 65, 66, 69, 74, 104, 109, 138, 160, 164, 173, 186
Málaga, 84, 87, 103, 104, 152
Mancio, Gregorio, 78
Manresa, 80, 89, 91, 103, 156, 183, 232, 235
Marchena, abbé, 277
Marie Louise, reine, 31
Martínez de la Rosa, Angel, 277
Martínez Marina, Francisco, 108, 134
Martorell, 91
Massena, général, 190
Masson de Morvilliers, 106
Mazarredo, José de, 56
Medellín, 187
Medina de Rioseco, 183
Medina Sidonia, duc de,
Medina Sidonia, famille, 149, 244
Menéndez y Pelayo, 12
Meléndez Bruna, José, 212
Merino, le curé, 176
Mexico, 210, 213
Minorque, 155, 232
Miot de Mélito, André François, 56
Miranda, Manuel de, 95
Molina de Aragón, 78
Moliner Prada, A., 11, 85
Mollina, comte de, 147
Moncey, général, 23, 183, 184
Monjuic, 23
Montemar, duc de, 148, 149
Monthyon, 34
Montijo, comte del, 26, 29, 69, 86, 94, 95, 150, 235, 242, 243, 244, 340
Montserrat, Miguel, 88
Moore, général, 186
Mor de Fuentes, José,
Moralés Gallego, José,
Moralés, Isidoro, 254, 277, 278, 296, 304
Morange, Cl., 94
Moreno Alonso, M., 11
Morla, Tomás de, 231, 239
Móstoles, 69, 70
Muñoz Torrero, Diego, 332, 333, 335, 336
Murat, Joachim, 24, 33, 50, 65, 66, 79, 285
Murcie (royaume) 148,
Murcie (ville), 76, 78, 81, 153, 232, 236, 237, 322, 326

Naples, 56
Napoléon Ier, 24, 30, 33, 38, 51-58, 62, 64, 179, 185, 186, 190, 209, 339
Navarre, 54, 61, 62, 125, 141, 177
Navia Osorio, famille, 149
Necker, 265
Negrete, Julián, 267
Ney, maréchal, 188, 195
Nouvelle Espagne, 210, 211, 212, 216, 220
Nouvelle Grenade, 211, 216, 217

O'Donnel, général,
O'Farill, Gonzalo, 45, 56, 60
Ocaña, 189, 243
Ogirando, Gaspar María, 275
Oliveros, Antonio, 336
Olot, 90, 193
Orihuela, 76, 78, 81, 326
Ovalle, Felix, 78, 167, 244, 314
Oviedo, 75, 76, 78, 95, 147, 152, 172, 225, 228

Palacio, marquis del, 157, 329
Palafox, Francisco, 157, 165, 166, 241, 242, 243, 289
Palafox, José, 69, 76, 94, 105, 154, 165, 183, 185, 187, 340
Palma de Majorque, 76, 88, 104, 147, 155, 282
Pals, 229
Pampelune, 23, 79, 164
Panckoucke, 106
Paris, 33
Parque, duc del, 188, 245, 329
Pastor, Alfonso, 233
Pavie, bataille de, 130
Pays basque, 54, 61, 125
Pelayo, 132
Peñalva, comte de, 149
Peñaranda, Francisco Javier de, 259
Pérez de Castro, Evaristo, 331, 332, 336
Pérez de Guzmán, Juan, 66, 68
Pérez Ramajo, Manuel, 275
Pérez Villamil, Juan, 70
Pérou, 216
Pestalozzi, 276
Philippe V, 42, 50
Philippines, 208, 216
Picornell, Antonio,
Pinar, comte del, 297, 306, 329
Pinedo, Rafael, 94
Piñuela, Sebastián de, 56
Pío, prince, 148, 165
Plasencia, 233
Polo de Alcocer, Pedro, 294, 316
Polo y Catalina, Juan,
Ponferrada, 225
Ponz, Antonio, 108
Porcel, Antonio, 297
Porto, 160
Portugal, 22, 31, 64, 140, 181, 183, 187, 190
Prieto, Manuel, 298
Puebla de los Infantes, marquis de la, 166, 314
Puerto Rico, 211, 216

Queipo de Llano, famille, 149
Queipo de Llano, José Maria, cf. Toreno
Quevedo, Pedro de, évêque d'Orense, 245, 246, 251, 319, 332, 335
Quintana, Manuel, 9, 48, 102, 107, 130, 263, 265, 277, 278, 289, 316, 329
Quintanilla, viconte de, 166, 289, 314
Quiroga, Gaspar de, 219
Quito, 217, 219

Ranz Romanillos, Antonio, 277, 295, 297, 299, 305, 306, 307, 329, 336
Rave, cf. Guttiérez Rave
Reding, Téodoro, général, 187
Redondo, Francisco,
Ribero, Pedro de, 166, 244, 289, 314
Ric, Pedro María, 322
Rico, père, 94
Rio de la Plata, 212, 216, 217
Riquelme, Rodrigo, 167, 292, 293, 312, 314
Robles, José, 275
Romana, marquis de la, 22, 148, 185, 203, 242
Romero Alpuente, Juan, 267
Roncevaux, 23
Roselló, Gabriel, 88
Russie, 31, 64, 187

Saavedra, Cornelio, 219
Saavedra, famille, 148
Saavedra, Francisco, 211, 243, 245, 247, 295, 299, 319
Sabasona, baron de, 166, 204
Saint Jacques de Compostelle, 113
Saint Sébastien, 24
Salamanque 77, 152, 190, 194
San Mames, marquis de, 148
Sánchez, Julián, 177
Sánchez Barbero, Francisco, 275, 277
Sanllorente, Juan Pardo de,
Santa Cruz del Marcenado, marquis de, 95, 149
Santa Fe de Bogota, 219
Santander, 76, 78, 82, 84, 172
Santiago du Chili, 219
Saragosse, 76, 78, 81, 113, 153, 174, 183, 187
Sasseney, marquis de, 209
Sastago, comte de, 148, 165
Savary, général, 35
Scharwtz, colonel, 183
Segorbe, 85
Ségovie, 24, 46, 77, 83, 173, 194, 195
Serrano, Pedro, 71
Séville, 71, 72, 74, 76, 78, 81, 82, 86, 93, 95, 104, 147, 153, 160, 172, 189, 202, 211, 241, 243, 255
Sierre Morena, 189
Silva, Pedro de, 166
Socorro y la Solana, marquis del, 72, 76, 86, 87
Solanot, Valentín, 156
Soler, Miguel Cayetano, 43, 88
Somosierra, 24, 186
Soria, 148, 153
Soult, maréchal, 186, 187
Stuart, Charles, 163
Suárez, F., 12
Suárez, Francisco, 135
Suchet, maréchal, 59, 64, 187, 192
Sureda, famille, 148

Tage, 187
Talavera de la Reina, 71, 188
Talleyrand, Charles Maurice, 39
Tap y Núñez, Nicolas, 82
Tarragone, 76, 79, 83, 157, 187
Teba, comte de, 86
Teruel, 78, 154
Tilly, comte de, 82, 95, 149, 165, 242, 244, 311, 314, 340
Tineo, Juan, 296
Tolède, 67, 77, 164
Tolosa, 35
Tomás y Valiente, F., 348
Toreno, comte de, 66, 68, 74, 75, 84, 89, 91, 92, 175, 278, 318, 328
Torrado, Manuel, 160
Torre del Fresno, comte de la, 71
Torres, Camilo, 217
Torres, Sebastián de, 298
Torres Vedras, 190
Torrublia, José de, 106
Tortosa, 76, 78, 79, 83, 89, 90, 91, 187, 226
Tournon, 25
Trafalgar, 21, 32
Trujillo, 78
Tudela, 186

Urquijo, Mariano Luís de, 43, 56
Uriortua, Francisco Javier, 254, 295
Urizau, Juan Antonio, 124, 154
Valdés, Antonio, 158, 167, 204, 289, 293, 314
Valencay, 39
Valence (royaume), 64, 148
Valence (ville), 59, 76, 78, 80, 81, 84, 89, 93, 94, 104, 147, 152, 160, 172, 184, 203, 232, 234, 323, 326, 327
Valiente, José Pablo, 306, 313
Valladolid, 23, 76, 79, 83, 146, 183, 194
Vallesantoro, marquis de, 23
Varona, Alonso Antonio, 234
Vatican, 25
Velarde, Luís, 66
Vélez-Málaga, 89
Venegas, Francisco,
Venezuela, 209, 211, 216
Vera y Delagado, Juan de, archevêque de Laodicée, 166, 244, 293
Veracruz, 210
Verdier, général, 25, 183
Véri, Tomás de, 148, 166, 242
Victor, maréchal, 189, 196, 197
Villafranca del Peñedés, 90, 226
Villafranca y Vélez, marquis de, 236, 237, 322
Villamil, Pedro Pérez, 266, 267
Villanueva del Prado, marquis de, 167
Villanueva, Jaime, 108
Villanueva, Joaquín Lorenzo, 298, 327
Villar, marquis del, 148, 166, 236, 237
Villel, marquis de, 165, 239, 240
Villena, 89
Vimeiro, bataille de, 185
Vitoria, 23, 36, 48, 58, 183, 192

Wellesley, Arthur, cf. Wellington
Wellesley, Richard, 242
Wellington, duc de, 185, 187, 188, 190, 192
Windler, C., 150

Zambrano, Antonio, 149
Zamora 76, 80, 81, 147, 153
Zanglana de Togores, José, cf. Ayamans
Zumalacárregui, Antonio, 331

 

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